Y a pas que la droite dans la vie

Le récit médiatique de la vie politique française ressemble de plus en plus à un feuilleton en "50 nuances de droite." Comme si la droite revendiquée n'avait pas déjà assez d'espace, les médiacrates portent à bout de bras d'autres personnalités dont le programme cultive l'espace culturel de la droite. Créatures politiques hydroponiques, Macron et Valls ne disposent d'aucune base sociale identifiée dans le pays. Et leur programme est dépourvu de toute originalité puisqu'ils ne font qu'assaisonner à leur manière le cocktail libéral-autoritaire de la droite. Macron recycle même les vieilles recettes d'un droit du travail différencié pour les jeunes, déjà expérimentées par Balladur avec le SMIC jeunes puis Villepin avec le CPE. Et Valls est présenté comme le recours du PS en cas de non-candidature de Hollande alors qu'il a appelé de longue date à dépasser le PS et même la gauche sur la ligne du gouvernement d'union nationale, formule politique typiquement de droite.

À voir la réalité à travers ce traitement médiatique, on pourrait croire que l'essentiel de la société est devenu de droite, et que les autres courants de pensée sont résiduels. Bien sûr les possédants, en tant que classe sociale consciente de ses intérêts, sont motivés politiquement comme ils l’ont rarement été depuis les années 1980. Mais leur forte mobilisation pour le 1er tour de la primaire de la droite ne représente encore que 8,65% du corps électoral. La masse du pays n'est donc pas encore directement concernée. Cela transparaît dans le détail des enquêtes d'opinion où la somme des personnes ne sachant pas pour qui elles vont voter ou pouvant changer d'avis constitue la majorité. Rien ne dit que cette masse désorientée et désemparée est prête à se livrer à une droite radicalisée ou à l'extrême droite. Surtout quand la lumière sera braquée plus précisément sur le programme de démantèlement de l'État d'un candidat comme Fillon. Supprimer 500 000 postes de fonctionnaires comme il le propose conduirait dans les années à venir à ne plus recruter aucun policier, enseignant ou infirmier. Convaincre une majorité d'un tel abandon du service public n'aura rien d'évident.

Le peuple en est donc encore à se chercher pour 2017. Sa réalité insoumise profonde couve. Le mouvement contre la loi El Khomri a donné un aperçu de cette autre réalité de la France, pas vue à la télé au quotidien, mais au moins aussi forte que la société de droite mobilisée dans la primaire. Le paysage politique dominant, et surtout sa traduction sondagière et médiatique, sont donc encore largement décrochés de la réalité matérielle du pays. Et les puissants doivent se préparer à des surprises plus fortes encore que par le passé quand le peuple refera irruption sur la scène politique.

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