Du climat aux assiettes

Le dérèglement climatique se manifeste chaque jour de manière plus cuisante. Le mois de juin 2017 a ainsi été le 2e plus chaud depuis 1900. Le dépassement des 30 degrés de température intervient chaque année de manière plus précoce en avril. Conséquence de ce réchauffement, une grande partie de la France était en situation de sécheresse dès le mois de mai, avec les 2/3 des nappes phréatiques déjà en niveau bas, faisant anticiper des pénuries dangereuses d’eau pour l’été. Tout le pays est touché, du Nord à l’Occitanie en passant par la Bretagne et la Bourgogne.

La France ne fait ainsi que subir un phénomène mondial comme l’a encore montré une récente étude internationale du Nature Climate Change : 30% de l’humanité est actuellement menacée par la chaleur et la sécheresse. Et en 2100, si rien n’est fait pour inverser la tendance, ce sont les 3/4 de la population mondiale qui seront exposés à des risques de « mourir de chaud ».

Les conséquences directes sont la déshydratation chronique d’une partie de la population ainsi que des incendies toujours plus précoces et étendus, comme le Portugal vient d’en être victime. Les canicules deviennent ainsi des fléaux sanitaires qui tuent beaucoup plus que le terrorisme : 70 000 morts en Europe en 2003 ou encore 10 000 morts en Russie en 2010. Mais le réchauffement bouleverse aussi de manière globale les productions agricoles, avec des rendements fortement impactés. Ainsi les récoltes de blé fléchissent à mesure où les sols sont épuisés voire abandonnés, comme aux USA, 3e producteur mondial, où les surfaces cultivées en blé n’ont jamais été aussi faibles depuis 1919 ! Au Brésil, 1er producteur mondial d’oranges, la production a baissé de 19%. En France, c’est l’herbe qui vient à manquer : avant même le début de l’été les éleveurs de plusieurs régions ont été obligés d’attaquer les stocks de fourrages destinés à nourrir les bêtes en hiver. Cette crise agro-climatique prépare une crise alimentaire décalée. Elle se ressent déjà sur les marchés mondiaux et français avec une envolée des cours du blé, du beurre ou encore du sucre depuis un an.

Face à cette crise en cascades qui va finir par compromettre l’alimentation de la population, le marché continue comme si de rien n’était. Son imprévision irresponsable est partagée par les gouvernements européens et états-uniens mais aussi chinois qui prônent sans cesse plus de libre échange des denrées et des terres. La promesse faite aux producteurs de lait breton de vendre du lait pour bébés à la Chine est révélatrice de cette illusion selon laquelle le commerce permettrait de résoudre la crise agricole et donc alimentaire qui couve. L’humanité devrait au contraire radicalement faire bifurquer ses modes de production, de consommation et d’échange pour éviter les multiples conséquences mortelles du réchauffement de la planète.

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