Municipales : les défaites de Macron

Le pouvoir macroniste pourrait crier victoire. Ses efforts pour saboter des élections municipales qu’il craignait ont porté leurs fruits. Après une parodie de premier tour tenu à la veille du confinement, nous avons eu un ersatz de second tour organisé trois mois plus tard, sans campagne électorale réelle. Bilan : l’abstention a été massive. Moins d’un électeur sur deux s’est déplacé, une première pour des élections municipales sous la 5e République. Terrible théâtre d’ombres où la politique n’est plus qu’un entre soi minoritaire. Comment parler de démocratie quand, étymologiquement, seule une aristocratie participe aux scrutins ? Le contexte sanitaire aura eu raison de l’une des dernières élections qui voyaient encore une participation électorale correcte. Mais on aurait tort de voir l’abstention seulement sous ce prisme exceptionnel tant la progression était déjà engagée scrutin après scrutin.

Pour le reste, les résultats sont une succession de défaites pour le président. Son parti, LREM est battu partout ou presque notamment à Paris, Strasbourg, Lille, Lyon, Bordeaux. Le premier tour avait déjà été catastrophique pour les macronistes, souvent obligés de n’être que des supplétifs de LR au deuxième. La victoire du Premier ministre Edouard Philippe, dans une ville dont il était déjà maire avant d’entrer à Matignon, cache la déroute de LREM mais accentue l’échec de Macron lui-même : voici un candidat de rechange pour LREM si le président ne fait plus l’affaire.

Les victoires remportées par des listes conduites par EELV, souvent en large coalition et plus d’une fois avec les insoumis, sont une autre mauvaise nouvelle pour les macronistes. Les deux se font concurrence pour les électeurs urbains des classes moyennes supérieures. EELV y dépèce véritablement LREM. A l’heure où Edouard Philippe fait pencher la balance à droite, rêvant d’unifier LREM et LR, Macron se retrouve confronté à un vent contraire qui voit ses électeurs de centre-gauche de 2017 s’éloigner. Gare au grand écart !

Autre défaite pour Macron, sa planche de salut ne trouve aucun écho dans le pays. En effet, on ne comptait quasiment aucun duel RN-LREM au second tour des municipales. Une preuve de plus que le pays ne veut pas de ce duel. Et la victoire du RN à Perpignan, avec le soutien de plusieurs colistiers de LREM au premier tour, montre que la macronisme est loin d’être un barrage efficace contre les amis de Le Pen.

Le reste du tableau confirme des tendances lourdes : la grève civique de masse, la fin du bipartisme LR-PS, l’effondrement du PS. EELV sort en dynamique dans les grandes villes mais ses résultats dans les villes et les quartiers populaires, comme son absence dans les petites villes de province, montre le trompe l’œil qui peut en résulter.  Le paysage politique flotte en apesanteur. C’est l’irruption populaire qui permettra de clarifier les choses bien davantage que des scrutins aussi réduit en participants.

Matthias Tavel

 

Crédit photo : élections municipales 2020 à Saint-Lô par Xfigpower

 

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