Rentrée en temps de crises

Le trait caractéristique des époques de crises tient à leur imprévisibilité. S’il y a crise, c’est bien que les cadres habituels de pensée, de représentation et de prospective ne sont plus à même de décrire les phénomènes en cours. Nul prophète donc en temps de crises ! La crise manifeste l’exception, le temps des retournements. Tout en est bouleversé, jusqu’à la temporalité où les références se croisent et les rythmes s’accélèrent.

Bien sûr nous avons tous à l’esprit la crise épidémique, encore en cours. Ce n’est pas la plus grave du reste – nonobstant sa réelle morbidité. Elle est accentuée par les autres crises. Crise sociale, les effets du confinement étant venus accroître la crise de la strate actuelle du capitalisme. Certaines bulles financières ont éclaté à cette occasion, tandis que les plans sociaux et les transformations des relations au travail trouvent ici un prétexte bien commode.

C’est une crise politique évidemment, la cinquième République montrant qu’elle reste le régime du coup d’état permanent. Les tergiversations liées au port du masque ne font que masquer la réalité des institutions. Les décisions sont prises arbitrairement, au bon gré des Préfets ou du gouvernement, sans justifications. Si le port du masque semble bien, en attente d’un vaccin ou d’un traitement, la meilleure manière d’endiguer la transmission, ce gouvernement a réussi par son autoritarisme à semer le doute et la défiance. Les changements de doctrine, les ordres contradictoires, le quadrillage des quartiers populaires surpeuplés en pleine canicule passent mal. Le gouvernement a choisi la punition, la manière forte là où au contraire il aurait fallu des annonces pédagogiques, des mesures consenties et acceptées. C’est toute l’essence de la cinquième République, régime pensé pour dompter un peuple et des partis politiques rétifs à l’arbitraire.

La crise principale est encore devant nous, avec l’accélération de la crise écologique. La fonte des glaces au pôle nord comme celle des glaciers – du Mont-Blanc à l’Himalaya – laisse entendre qu’elle s’accélère, rendant des territoires invivables, annonçant pénuries et émeutes de la faim. Si la pandémie a donné l’occasion de tester un contrôle accru de la population, la seule transition écologique qui vaille se doit d’être démocratique et socialement juste. Un projet qui associe les peuples et la société civile reste la seule réponse à l’ordo-libéralisme ou au fascisme. Si la rentrée permet – malgré les restrictions de nos libertés démocratiques – des luttes sociales, elle pourra être l’occasion de l’exprimer.

 

Benoît Schneckenburger

 

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