JLM2017 : un programme révolutionnaire

Entretien avec Charlotte Girard coordinatrice du programme L’Avenir en commun

Quel est le point de départ du programme L’avenir en commun ?

Le programme repose sur l’analyse suivante : la question principale à régler est celle de la dévolution et de l’exercice du pouvoir. C’est pourquoi le programme s’ouvre sur la constituante, qui est la clé permettant de déverrouiller le système dans un premier temps. Cette constituante, c’est un signal politique : le peuple n’est pas en mesure, actuellement, d’exercer sa volonté. Il faut le réinvestir du pouvoir de se doter des règles lui permettant de prendre les décisions qui le concernent. La constituante permettra l’émergence de nouveaux droits qui convergeront vers l’idée d’une République égalitaire, sociale, laïque et solidaire. Il faut défaire le carcan économique, social et sécuritaire pour faire de nouveau des citoyens un peuple politique. Cette nouvelle République ne sera pas neutre, c’est pourquoi le programme donne évidemment des directions et dessine l’avenir ; il s’appelle ainsi « L’Avenir en commun ».

S’agit-il d’un programme révolutionnaire ?

Oui ! Car comme je viens de l’expliquer, il repart du peuple. Y compris dans la grande tradition révolutionnaire française. Mais aussi par les contenus : il renverse l’ordre des choses actuel. Ainsi, la perspective de sortie des traités européens est révolutionnaire en ce qu’elle rebattra les cartes. Et puis le programme est aussi révolutionnaire au sens marxiste du terme, puisqu’il assume les antagonismes de classes et la lutte qui l’accompagnent. Travailleurs, salariés ou ubérisés, seraient les premiers impliqués dans le combat contre l’aliénation au travail. Enfin, il est révolutionnaire par sa dimension écologique, puisqu’il vise à renouveler radicalement les modes de production pour éviter la catastrophe écologique qui a commencé et que d’aucuns voudraient présenter comme inéluctable ou fallacieuse. C’est donc une fusée à plusieurs étages que cette révolution citoyenne mise en mouvement avec la France insoumise.

Quelles questions ont soulevé le plus de débats entre les différents contributeurs du programme ?

L’audition de Bernard Friot nous a permis de belles réflexions. On a mieux compris ce qu’il proposait en le rencontrant, et nous avons finalement choisi d’assumer le fait que nous n’étions pas prêts à abandonner, comme il le propose, tout lien entre salaire ou revenu et travail. Ça ne remet pas en cause la dimension subversive et intéressante de ses travaux, mais nous nous sommes finalement prononcés pour une sécurité sociale intégrale, plus proche des propositions de la CGT sur la sécurité sociale professionnelle, et qui permettrait à tout un chacun de disposer d’un revenu quelle que soit sa situation.

La sécurité, parce qu’elle n’est pas un thème prisé à gauche et plutôt un identifiant de la droite, est un enjeu rempli de pièges pour la pensée. Soit vous êtes taxé de sécuritaire par les secteurs les plus radicaux de la pensée de gauche, soit vous êtes renvoyés à la pensée unique sur le sujet surtout en période d’état d’urgence selon laquelle il n’y a pas d’alternative à « la guerre contre le terrorisme ». L’audition de Laurent Bonelli nous a aidé en particulier sur le sujet, ainsi que le groupe de travail qui s’est constitué pour traiter cette question de manière rationnelle. Un livret thématique programmatique est en préparation.

Ce programme s’inscrit clairement dans la continuité de l’Humain d’abord. Quelles évolutions peut-on noter depuis 2012 ?

Je dirais qu’il va plus loin, et de manière plus précise. Le programme de la France insoumise actualise, modernise et approfondit L’Humain d’abord, en tenant compte de l’aggravation de la situation depuis 2012 et de la perpétuation de la crise économique débutée en 2008. Certains points de désaccords entre les organisations membres du Front de Gauche ont été tranchés dans l’Avenir en commun. Ainsi, la décision de sortir du nucléaire est actée dans le programme. Nous sommes plus précis sur la planification écologique et l’objectif de parvenir à 100% d’énergies renouvelables. Les travaux que les organisations politiques partenaires ont mené depuis 2012 nous permettent d’être plus volontaristes sur certains sujets. On a ainsi repris et développé la notion de « nouvel indépendantisme français ». La réflexion très dense sur l’économie de la mer nous permet d’insérer ce thème dans le programme de manière très détaillée. De la même manière, les différents sommets du plan B et tout le travail accompli en partenariat avec nos camarades européens nous autorisent également à assumer une ligne plus structurée sur cette question.

Pouvez-vous nous donner quelques mesures emblématiques du programme ?

De manière subjective et dans une sorte d’inventaire à la Prévert: l’assemblée constituante, dans la mesure où nous sommes les seuls à la proposer – même si d’autres se réclament de la Sixième République ; parler de planification écologique, et non de transition écologique ; imaginer un plan B avec des coopérations alternatives en cas d’échec du plan A s’agissant du rapport à l’Union européenne ; le chapitre sur les nouvelles frontières que sont la mer, l’espace et le virtuel, pour lesquelles il faut faire attention à ce qu’elles ne soient pas gadgétisées ; enfin, l’abrogation de la loi El Khomri, que nous sommes les seuls à annoncer !

L’actualité et l’ambiance dans le pays sont pourries par les attentats et les délires publics sur ce qui devrait être une question privée : le fait religieux. Quelles solutions à ces questions qui saturent la sphère médiatique et le débat public ?

Le premier réflexe face à la manière dont ces questions sont amenées dans le débat public : ne pas se laisser enfermer dans la question ethnique qui est un corollaire de la question religieuse en l’espèce. D’abord donc rappeler que l’on ne répondra pas à l’agression qui est réelle et épouvantable sur le terrain où elle se situe en apparence : une guerre de civilisations. Ce n’est pas le cas. Sans négliger la nécessité immédiate de démanteler les réseaux terroristes et de lutter contre l’embrigadement des jeunes gens sur des lignes meurtrières et fanatiques, on devra proposer des solutions qui traitent les causes et s’envisagent sur le long terme. Ces solutions sont faites d’un plan de négociations avec les acteurs directement impliqués que sont la Syrie et les dirigeants des zones frontalières engagées dans le conflit armé, mais aussi la Russie et pas seulement la Turquie, les Etats-Unis et les monarchies du Golfe. Du point de vue national, la question sociale et culturelle doit être remise au cœur de notre stratégie. Autrement dit, la laïcité doit être remobilisée comme mode social de règlement des conflits, ce qu’elle est depuis 1905. La sécurité doit être repensée de manière républicaine, c’est-à-dire dans les termes de la sûreté publique, avec la refonte du renseignement et de la police qui doit redevenir un moyen de protéger les libertés individuelles et la République.

Propos recueillis par Jeanne Fidaz

Partager cet article...Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on TwitterPrint this pageEmail this to someone