Amsterdam : Rencontres autour de l’auto-organisation.

Ce mois de septembre, le Socialist Party (la gauche radicale hollandaise) organisait des rencontres à Amsterdam avec des activistes, des syndicalistes et des militants politiques pour partager leurs expériences de mise en pratique de méthodes d’auto-organisation. Ils et elles venaient de Belgique, du Royaume-Uni, des Etats-Unis, de France ou des Pays-Bas, et l’enjeu était finalement souvent le même : Comment mobiliser les dégoûtés de la politique ?

Le community organizing a fait son entrée dans la réflexion de la France Insoumise en 2017 à l’occasion d’un échange avec des personnes qui avaient importé en France ces méthodes de mobilisation venues des Etats-Unis. Nous avons décidé de franciser le terme en « méthode d’auto-organisation ». Saul Alinsky en était le précurseur, c’est lui qui a systématisé des pratiques militantes et syndicales en une méthode précise. Le principe consiste à aller à la rencontre d’une « communauté » – généralement un quartier – pour connaître les problèmes que les habitants connaissent au quotidien (problème de logement, d’isolation, de propreté, d’accès aux services publics, etc.). Il s’agit d’organiser des réunions entre ces habitants, de leur permettre de transformer des colères individuelles en revendications collectives, de laisser émerger des leaders locaux pour ensuite passer à l’action en se confrontant directement avec les responsables jusqu’à obtenir satisfaction des revendications. C’est donc une victoire que l’on cherche. Celle-ci peut paraître alors très locale et particulière mais elle permet en réalité de donner aux gens le goût de la victoire et de l’auto-organisation, une conscience du pouvoir d’agir et l’envie de prolonger la lutte à une échelle plus importante.

« L’idée c’est de faire comme des syndicats de quartier, des syndicats locaux » explique Adrien Roux, à la tête de l’Alliance Citoyenne, association qui pratique le community organizing en France depuis 2012. « Le travail a perdu sa centralité dans la vie des gens. Le chômage, la précarité et la flexibilisation des postes de travail ont diminué le rôle de l’entreprise dans les stratégies de mobilisation. Les syndicats sont toujours aussi nécessaires mais nous devons y ajouter des syndicats d’un quartier ou des syndicats d’usagers d’un service public ». Se réunir entre personnes ayant les mêmes colères et décider de porter ensemble des revendications, c’est aussi ce que défend le nord-américain Wade Rathke. Alors élève de Saul Alinsky, en 1970 il fonde l’association internationale ACORN pour impulser ou regrouper les initiatives d’auto-organisation partout dans le monde. On compte alors 200 000 membres cotisants auprès d’ACORN.

La conférence est prévue pour le samedi. Le matin, les différents participants présentent leurs expériences. Nick, de ACORN Royaume-Uni, expose une campagne de son organisation contre l’installation de centrales électriques ou de raffineries près de quartiers populaires. La campagne présentait la lutte écologique comme directement liée aux questions sociales de santé et de bien-être. Ces campagnes commençaient à un niveau très local pour ensuite s’intéresser aux questions régionales ou nationales. Ces efforts ont permis à l’organisation de doubler ses effectifs en un an, passant alors à 2000 membres.

Pour Cihan Ugural, du syndicat hollandais FNV, l’enjeu était de résister aux effets de l’institutionnalisation. Les postes gagnés risquaient d’enfermer les cadres de la direction dans leur bureau, loin de la réalité du travail. La campagne « Fight for fourteen » qui revendique un salaire minimum de 14 € de l’heure a permis de maintenir le contact avec le terrain et de redynamiser l’ensemble de leur structure. Porte à porte, affichages, actions devant les supermarchés ou dans la rue, tous les moyens étaient employés pour communiquer autour de cette revendication. Des comités locaux pour les « 14 euros » ont vu le jour sur l’ensemble du pays et leurs membres faisaient signer des pétitions dans leurs quartiers. Pour Cihan Ugural, l’enjeu n’était pas tant de recruter – bien que les pétitions peuvent jouer un rôle de syndicalisation – mais surtout de prendre part à un mouvement social existant, de l’aider à croître, sans chercher à le contrôler.

Selon Ron Meyer, dirigeant du Socialist Party à l’origine de ce week-end de rencontres, l’enjeu n’est pas de choisir entre appui à l’auto-organisation du mouvement social et des citoyens d’un côté, et de l’autre, l’action électorale traditionnelle d’une organisation politique : « Le rôle de notre action repose sur deux pieds : l’un concerne la participation au combat électoral l’autre le travail de mobilisation populaire. On ne peut avancer ni sans l’un ni sans l’autre ». Aux Pays-Bas comme dans le reste de l’Europe, l’enjeu est alors de travailler à réveiller et à tisser les colères.

Leïla Chaibi

 

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