Programmes : Mélenchon, Le Pen, tout les oppose

Une lecture approfondie du programme de Marie Le Pen permet de mesurer à quel point elle renoue avec les racines historiques du fascisme. Entre les lignes des slogans, les politiques publiques qu’elle propose vont diminuer le niveau de vie du plus grand nombre et laisser la plupart des problèmes irrésolus. L’antithèse rigoureuse du projet porté par Jean-Luc Mélenchon, qui se donne les moyens d’affronter la crise sociale, écologique et démocratique du pays.

Nouvelle République ou ancien régime ?

Pour Jean-Luc Mélenchon, le diagnostic est clair. Face aux affaires, à la confiscation des choix populaires et à la constitution d’une caste dirigeante, il faut changer de République par le biais d’une Assemblée constituante chargée d’édicter de nouvelles règles. La France insoumise y défend l’inscription de nouveaux droits : révocation des élus, préemption des entreprises par les salariés, IVG, suicide assisté, vote à 16 ans, et un encadrement des élus (interdiction d’embauche de la famille, non-cumul des mandats).
En face, Marine Le Pen envisage d’accentuer la dérive monarchique. Elle défend bec et ongles la Ve République, qui « fonctionne bien » à ses yeux (débat TF1, 20/03/17). Elle souhaite maintenir les pouvoirs personnels – les siens si elle remportait une élection présidentielle – que la Constitution confie à la présidence de la République : présider les autorités de défense nationale, envoyer l’armée à l’étranger, nommer aux emplois civils et militaires de l'État ou à la présidence du Conseil constitutionnel, ratifier les traités internationaux, et même adopter « les mesures exigées par ces circonstances ». Elle pourrait aussi exercer le droit de grâce, par exemple pour ses proches condamnés pour détournements de fonds publics. Enfin, elle s’est abstenue de toute critique sur l’article 49 §3, qui permet à un gouvernement de contraindre les élus du peuple à adopter des textes.
Marine Le Pen rompt avec la légalité et les normes républicaines. Contre l’égalité entre les couples de même sexe, désormais entérinée, Marine Le Pen souhaite supprimer le mariage pour tous et le remplacer par un fumeux « PACS amélioré ». Jean-Luc Mélenchon vise à garantir la liberté de mariage, de procréation assistée et de changement de sexe. Contre la laïcité, Marine Le Pen veut frapper l’islam pour cacher les messes auxquelles se rendent ses élus et interdire les signes religieux (notamment le voile) dans la rue. Mais elle est silencieuse sur les entorses des pouvoirs publics à la séparation des églises et de l’Etat (comme le Concordat), auxquelles Jean-Luc Mélenchon compte mettre fin.

En Europe, la lutte ou le flou

Le programme de Jean-Luc Mélenchon est incompatible avec la constitution économique de l’Union européenne et de l’eurozone. Il entend immédiatement désobéir aux règles européennes sur les budgets et la liberté des capitaux. Sans renoncer à les changer, en proposant aux partenaires de la France une liste de revendications (harmonisation fiscale et sociale, réforme de la banque centrale européenne pour l’obliger à s’occuper d’emploi, et protectionnisme européen). Le résultat des négociations sera proposé au peuple français. Il validera la réorientation obtenue, ou bien privilégiera un plan B de rupture avec l’ordre européen.
Marine Le Pen raisonne à l’envers. Si elle envisage de négocier ou d’accomplir un « Frexit », elle ne clarifie aucun de ses objectifs. Personne ne sait ce que le FN incorpore à son « projet européen respectueux de l’indépendance de la France », ni le contenu de la négociation avec les autres État, ni à quelles conditions quitter l’Union, ni le contenu du référendum envisagé… Bref, son projet européen est un chèque en blanc.

Transition écologique ou éco-tartuffes

Jean-Luc Mélenchon propose la règle verte dans la Constitution, la sortie du nucléaire et la planification écologique avec l’objectif de 100 % d’énergies renouvelables en quelques décennies (ce qui garantit l’indépendance nationale vis-à-vis de l’uranium ou des énergies fossiles). Marine Le Pen néglige absolument cette dimension fondamentale de santé publique et de survie collective, suivant en cela son modèle Donald Trump.
Elle fournit néanmoins quelques pistes inquiétantes. Résolument pro-nucléaire, elle propose de repousser la fermeture des centrales en fin de vie au-delà de leurs durées initialement prévues, et de maintenir Fessenheim ouverte. Au lieu d’entamer la grande transition énergétique, elle souhaite un moratoire sur les éoliennes. Au lieu de défendre une conversion de l’agriculture au biologique et à l’indépendance protéique et azotée, elle défend la viande d’origine française, sans condition environnementale !

France du peuple ou France des trusts ?

D’abord, au lieu de juguler comme Jean-Luc Mélenchon l’ubérisation de l’économie (taxis, livraison, BTP...) qui oblige à travailler sans protection sociale, Marine Le Pen encourage les trusts américains en proposant un « secrétariat d’Etat dédié aux mutations économiques » chargé « d’anticiper les évolutions des formes de travail liées aux nouvelles technologies », dont « l’ubérisation ».
Ensuite, au lieu de protéger les travailleurs et d’élargir les pouvoirs de leurs représentants en entreprise, Marine Le Pen souhaite supprimer les listes syndicales représentatives au premier tour des élections professionnelles, afin de permettre aux syndicats « maison » ou patronaux de rafler des sièges. Bien sûr, elle se garde d’exiger du patronat des élections représentatives (qui rendraient le Medef minoritaire), comme le propose Jean-Luc Mélenchon. Contre la hausse des salaires prônée par Jean-Luc Mélenchon (revaloriser le SMIC de 175€ et dégeler le point d’indice), Marine Le Pen propose une prime de 80€… financée par une taxe sur les importations, donc payée par les consommateurs !
Opposée à la révolution fiscale de la France insoumise (14 tranches d’impôts pour lever le fardeau des classes moyennes et faire payer les plus riches, qui s’appliquerait aussi à l’étranger pour ceux qui paient moins d’impôts qu’ils en paieraient en France), Marine Le Pen encourage les rentiers. Elle entend supprimer les impôts… sur la transmission de 100.000€ tous les 5 ans à chaque enfant. C’est-à-dire un montant équivalent à 7 années de SMIC. Enfin, Marine Le Pen défend une vente à la découpe du parc HLM, qui va mécaniquement réduire le nombre de logements à un prix abordable en France.

France de l’égalité ou France du chaos ?

La préférence nationale dans le domaine des assurances et aides sociales menace l’ensemble de la protection sociale. D’abord, parce qu’elle met fin au principe de contribution en échange d’une couverture des risques. Ensuite, parce qu’elle nuit à l’ensemble de la population. Prenons l’exemple de la suppression de l’aide médicale d’État pour certains immigrés : microbes et virus se transmettent entre personnes, quels que soient leurs statuts. Ne pas soigner les populations irrégulières ou étrangères revient à soigner beaucoup plus de gens au final, notamment les personnes contaminées. De même, la suppression du droit du sol est dangereuse : il n’y aurait presque plus de Français depuis quelques siècles !
Fondamentalement, Marine Le Pen croit que les personnes qui parcourent à pied des milliers de kilomètres sont motivées par des aides sociales dont ils n’ont évidemment aucune idée lorsqu’ils quittent leurs pays. Elle envisage tout simplement de les noyer (« repousser les bateaux dans les eaux internationales », 25/02/11).
En face, Jean-Luc Mélenchon défend la tradition républicaine qui permet de faire France de tous bois : droit du sol intégral, carte de séjour de 10 ans comme titre de séjour de référence, interdiction du placement d’enfants en centres de rétention, et adaptation des camps d’accueil aux normes internationales. Contrairement à Marine Le Pen qui parle les conséquences sans réfléchir aux causes, Jean-Luc Mélenchon a développé un programme de codéveloppement salué par les organisations du secteur (sur http://aide-developpement-2017.org/), combat les traités de libre-échange qui démantèlent l’agriculture vivrière et les interventions militaires qui détruisent des pays. Son objectif est simple : permettre de vivre où l’on habite plutôt que de déménager le monde.

Quelle place dans le monde ?

La place de la France dans le monde oppose radicalement Marine Le Pen, candidate d’une France solitaire alliée de Trump, et Jean-Luc Mélenchon, qui défend une réorientation vers un axe international altermondialiste.
Marine Le Pen tente de cacher son atlantisme en proclamant un départ du commandement intégré de l’OTAN, là où Jean-Luc Mélenchon veut quitter l’organisation. Mais elle votait encore le 11 février 2015 contre une résolution du Parlement européen condamnant les prisons secrètes de la CIA en Europe.
Face à elle, Jean-Luc Mélenchon entend rendre la France à sa vocation universaliste. Pour cela, il prévoit de sortir du FMI et de la Banque Mondiale pour créer un autre fonds international, et accueillir les lanceurs d’alerte, notamment Edward Snowden et Julian Assange, et constituer un nouvel axe non-aligné. Bref, parler de la France, mais surtout la placer en tête du progrès humain collectif.

Hadrien Toucel

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