L’Europe du chaos

L'Europe a tenu un énième sommet de la dernière chance sur la crise des migrants. Depuis deux ans, les réunions d'urgence s’enchaînent pour traiter les effets de cette crise sans jamais affronter ses causes géopolitiques et économiques. Le bilan meurtrier de cette politique irresponsable ne cesse de s'alourdir : 3 700 morts en 2015 en Méditerranée, déjà plus de 400 en 2016. En septembre, un plan complet devait permettre de répartir entre les 28 pays membres de l'UE l'accueil de 160 000 réfugiés bloqués en Grèce et en Italie. Seuls 660 l'ont été 9 mois plus tard! Cette solution de « droit » ne pouvait qu'échouer dans le contexte d'austérité qui prive les États des moyens fondamentaux de maîtrise de leur territoire. Détruite économiquement par les règles absurdes de la zone euro, la Grèce a été exclue de fait de l'espace Schengen et réduite au rôle d'immense terrain vague de stockage des migrants.

Loin d'être une solution plus rationnelle, la « fermeture totale de la route des Balkans » décidée par l'UE ne fait qu'entériner la fermeture unilatérale de leur frontière par plusieurs États (Slovaquie, Hongrie, Autriche, Slovénie, Macédoine). Concrètement cela va renvoyer dans l'illégalité et la précarité toute nouvelle arrivée de migrants, en créant « d'avantage de chaos et de confusion » selon le Haut commissariat aux réfugiés de l'ONU. Faute d'avoir traité les causes qui ont entraîné l'arrivée de 1,5 millions de migrants en 2015, ce sont 4 millions de migrants qui vont arriver en 2016 en Europe selon les estimations du FMI.

Face à cet afflux, la cynique sous-traitance de la crise migratoire à la Turquie prépare le pire. Car le gouvernement Erdogan alimente sciemment la crise des réfugiés en attisant le conflit kurde, sans même parler de son rôle profond dans l'aggravation du conflit syrien. Les milliards déversés par l'UE en Turquie sous la pression de l'Allemagne sont donc perdus d'avance. Tout comme l'est le chantage à l'adhésion de ce pays à l'UE qui ne peut qu'aggraver le délitement de l'Europe.

La conclusion politique de cette errance tragique de l'Europe est claire : il n'y aura pas de retour à des solutions de droit, rationnelles et humaines, dans le cadre actuel de l'UE. Aucun progrès humain ne pourra être accompli sur le continent sans reconquête par les peuples de leur souveraineté. Pour espérer changer quelque chose en France en 2017, la question européenne est donc incontournable. Alors que Marine Le Pen préfère désormais la « négociation avec l'UE » à toute autre solution, Jean-Luc Mélenchon est désormais le seul à ne pas contourner cette question qui est au cœur de sa proposition de candidature.

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