Zine El-Abidine Le Pen

L'actualité réserve parfois de savoureux pied-de-nez. Le Congrès du FN élisant Marine Le Pen devait, selon les choix panurgiques opérés depuis plusieurs mois par les salles de rédaction, constituer l'événement de la semaine. Le peuple tunisien lui aura volé la vedette.

Le départ précipité de Ben Ali (membre de l'Internationale socialiste) est venu rappeler que, quel que soit la longévité d'un régime et ses moyens de coercition, il repose sur le consentement. Un peuple renverse en quelques semaines un pouvoir vieux de plusieurs décennies. « Qu'il s'en aille » criait le peuple tunisien contre Ben Ali... « Tous ! » ajoute-t-il à peine celui-ci envolé. Car il comprend que la crise sociale qui l'accable ne sera pas résolue sans révolution citoyenne. Le geste désespéré d'un chômeur accusant le pouvoir de la mort sociale à laquelle il se voyait condamner aura jeté un feu brûlant dans les esprits. Le lien fait entre la misère du plus grand nombre et l'opulence de quelques-uns a été la mèche transformant le mécontentement social en révolte politique. Les exigences d'égalité sociale et de démocratie politique ne font plus qu'une. Maintenant l'enjeu est d'entretenir et conforter ce lien. Voilà le vrai « rempart contre l'intégrisme » qui exalte à l'inverse, contre le peuple civique et rebelle, l'autorité révélée d'une communauté traditionnelle. A mesure que s'affirmera le contenu social de la révolution tunisienne il faut d'ailleurs craindre la résurgence des courants islamistes. Car ceux-ci sont toujours convoqués par les puissants comme gardiens de l'ordre de dernier recours. Ainsi la constitution islamique d'Afghanistan est présentée comme le seul moyen de stabiliser un pays officiellement envahi par les États-Unis pour y « établir la démocratie », tandis que les milices religieuses d'Arabie Saoudite gardent le pétrole en même temps que les âmes de leurs concitoyens.

C'est pareil chez nous ! Avec le FN dans ce rôle. Le vote utile et la domination de l'oligarchie nous sont déjà vendus comme des remparts contre un FN labellisé populiste, c'est-à-dire censé exprimer les mauvais penchants du peuple. Pour demain, vigilance ! Non pas, comme on nous le serine, que Marine Le Pen aurait changé la nature du FN. Elle-même résume ainsi son œuvre dite de « dédiabolisation » : « J’ai cherché à améliorer les relations avec les journalistes (…), à parvenir à une meilleure sérénité. » Cela compte beaucoup pour certains mais sur le fond ça ne fait pas lourd. Elle proclame sa laïcité mais déclare que « la liberté, l'égalité et la fraternité sont des valeurs chrétiennes qui ont été dévoyées par la Révolution française [...] défendre ces valeurs-là, c'est nous donner la possibilité de rechristianiser notre pays. » Son pseudo tournant social est un autre mensonge : le FN est pour la retraite à 65 ans, à la carte, la baisse des impôts des plus riches et la hausse du temps de travail. Tout cela ne le rend pas moins dangereux. Car quand gronde la révolution sociale, les partis fascistes capables à la fois de diviser le peuple et de mobiliser contre lui les ressources d'un État fort, peuvent apparaître comme les meilleurs garants du pouvoir des riches. Nous ne savons pas de quel côté les événements vont rouler. Nous savons juste que l'histoire ne marchera pas toujours sur le bord du toit. En Tunisie comme en France, il faut une conscience claire et des mots d'ordre en acier pour qu'elle tombe du bon côté : une révolution citoyenne rendant le pouvoir au peuple et la richesse à ceux qui la produisent.

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