Une présidence alignée

Les premiers mois de l'année 2018 révèlent l'alignement croissant de la politique étrangère et de défense française sur celle des Etats-Unis. Cet alignement est même devenu automatique lors de deux récents épisodes diplomatiques et militaires. Avec le bombardement de la Syrie par la France quand Trump l'avait décidé. Mais aussi un peu avant, avec l'application par la France de nouvelles sanctions contre la Russie après que Trump a décidé de soutenir l'offensive anti-russe du gouvernement britannique.

Ces deux décisions n'ont rien de rationnellement fondé dans la légalité internationale, ni d'ailleurs de matériellement étayé sur des faits auxquels la France aurait eu intérêt de réagir. Ce n'est pas des preuves ou des actes qui ont motivé les décisions de Macron mais uniquement le soucis de faire comme les USA et leurs plus proches alliés. Les sanctions diplomatiques contre la Russie ont en effet été appliquées sans que le gouvernement britannique ait fourni aucune preuve de l'ingérence supposée de la Russie sur son sol pour empoisonner un ex espion. Pire, un laboratoire militaire britannique a révélé ensuite qu'il ne pouvait pas prouver l'origine russe du poison. Quant aux bombardements sur la Syrie, ils ont eu lieu avant que les enquêteurs de l'ONU puissent faire leur travail sur l'origine des attaques chimiques ! La motivation des frappes françaises était donc avant tout de faire comme Trump l'avait décidé, qu'elle qu'en soit l'utilité.

Cet alignement va aggraver la perception d'un « deux poids deux mesure » dans l'action internationale de la France. Surtout aprés que Macron a affirmé sur Fox News que « les USA ont un rôle très fort à jouer pour la paix dans différentes régions du monde », manière de valider par avance la fuite en avant de Trump. S'aligner ainsi sur la politique unilatérale et arbitraire des USA éloigne la France de la légalité internationale mais aussi de la sécurité collective qui sont des fondamentaux de la diplomatie de la République. La Russie a été sanctionnée car elle est suspectée d'avoir organisé un assassinat ciblé à l'étranger. Mais quand des militants Kurdes ou des Palestiniens sont assassinés en France, aucune initiative n'est prise par le gouvernement pour exiger des explications de la Turquie ou d'Israël, deux alliés des USA, et encore moins les menacer de sanctions.

Cet alignement automatique met aussi un terme aux velléités oratoires du Président Macron au début de son mandat pour se distinguer de Trump sur la question écologique. L'irresponsabilité climatique des USA a depuis lors été confortée par Trump. Un enjeu qui semble passer au second plan pour Macron qui préfère désormais vanter la « relation très spéciale » qui le lie à Trump et leur « attachement aux mêmes valeurs ». Une ligne que Macron s'était bien gardé d'exposer dans sa campagne de 2017. Encore un domaine où sa politique se fait donc entièrement dans le dos du peuple.

Laurent Maffeïs

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