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Une colère nécessaire

Il y a bien des leçons à retenir du mouvement des gilets jaunes. Même si les signes de la colère étaient perceptibles depuis des mois, nul n’a vu venir précisément son déclenchement. Preuve en est de l’enracinement des frustrations sociales et du sentiment profond d’injustice. Celle-ci peut prendre bien des figures, et la mobilisation des gilets en est une : elle invente des formes inédites d’apparitions collectives. Contre toute attente elle ne réunit pas l’amicale des conducteurs de Hummers et de Quads, mais elle dérive vite sur des mots d’ordres sociaux et politiques : appel au peuple souverain, demande de dissolution et de nouvelles élections, voire souvent une sixième république. Il y aura bien eu çà et là des débordements et la tentative inévitable de récupération par l’extrême droite, bien encouragée par certains choix éditoriaux qui n’ont jamais autant invité N. Dupont-Aignan par exemple. Qui pouvait en douter ? La colère est multiforme, mais plus elle est massive plus elle peut déboucher sur un mouvement d’ensemble de contestation des politiques anti-sociales et anti-écologiques.

Le gouvernement d’Édouard Philippe aura au contraire réussi à braquer une partie de l’opinion contre la thématique écologique. Ils n’ont pas commis d’erreur de communication comme on nous le ressasse incessamment sur les chaînes télévisées. Non, ils devront assumer une faute politique grave : avoir voulu justifier leur politique budgétaire européenne et leurs cadeaux aux plus riches par l’alibi écologique. Ils l’ont d’ailleurs écrit. Dans une lettre à la commission européenne du 15 octobre 2018, le gouvernement d’Emmanuel Macron assure que pour rester dans les critères européens, ils compenseront les 40 milliards du CICE par une hausse de la fiscalité écologique. Voilà les tartuffes de l’écologie qui culpabilisent celles et ceux que des décennies d’aménagement urbain décousu, de spéculation immobilières contraignent à vivre hors des centres villes, loin de tous les services publics. Ils ne remettent pas en cause les coûts immenses d’une mondialisation débridée qui rend plus rentable économiquement l’import de lait néo-zélandais au lieu de favoriser l’agriculture de proximité du fait du faible coût du transport maritime. Ce dernier, fer de lance de la mondialisation, reste l’un des plus polluants.

Pas plus qu’on ne pouvait prévoir leur éclatement, nul ne peut prédire le futur de ces mobilisations. Mais si les choix politiques gouvernementaux persistent , alors il n’y aura pas d’autre choix qu’une sanction électorale. Faisons en sorte que la colère finisse par être bonne conseillère et aidons là à emprunter les bons chemins.

Benoît Schneckenburger

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