Un printemps suspendu

Ce week-end aurait dû annoncer un nouveau printemps. Du soleil, des sorties, bref le bonheur simple. Et puis le confinement est tombé. Une population entière bascule dans un état d’exception. Nous mettrons sans doute plusieurs jours à réaliser ce que cela signifie, matériellement, psychiquement, socialement. Une autre vie, une nouvelle réalité, même temporaire. Ce qui allait de soi ne l’est plus. Ce qui semblait naturel, comme sortir sans raison, ne l’est plus.

Certes, les soignants alertaient depuis des semaines, mais pour chacun.e d’entre nous qui n’exerce pas la responsabilité du pouvoir nous écoutions un peu distraitement, pendant que le gouvernement incitait là à sortir, ici à travailler normalement. L’inconséquence est du côté de ceux qui ont coupé dans les budgets, dans les réserves stratégiques depuis des années. Elle est de ceux qui ont envoyé les forces de l’ordre contre les manifestations des hospitaliers, pas du côté de la population qui les soutenait dans leurs revendications.

Quand un monde s’écroule, ses structures se mettent à nu. Nous en apercevons les besoins essentiels, les acteurs incontournables. Ici pas de premiers de cordée qui peuvent faire l’aumône pour réparer Notre Dame, mais des salarié.e.s qui font vivre toute la société. Quand les premiers font monter le prix des billets de jets privés, les seconds organisent simplement le remplissage des placards pour ne pas aller trop souvent au supermarché. Certains médias font des gorges chaudes sur les quartiers populaires qui ne respectent pas assez le confinement sans rappeler l’état des logements insalubres, ils se lamentent sur les marchés alimentaires en plein air sans s’interroger sur ces livreurs sous-payés sommés de maintenir la livraison de biens le plus souvent non urgents.
La vie réelle de la nation c’est sa classe ouvrière. Il ne s’agit pas seulement des services de santé et des services publics, mais de toute l’infrastructure matérielle de la société, de la production de nourriture à son transport et à sa distribution. Leur obligation de continuité manifeste les nouveaux contours de la lutte des classes actuelle. Elle se dévoile dans la possibilité ou non de pouvoir télétravailler. Le nombre de dérogations à l’obligation de confinement montre bien ici qu’il y a encore une classe ouvrière de masse.

Dans cette période de crise, plus que d’une union sacrée qui ferait taire tout esprit critique, nous avons besoin d’une solidarité effective. Elle ne se limitera pas aux applaudissements des soignants : elle réclamera qu’un nouveau monde émerge de la crise. Plus conscient de la nécessité de services publics forts, de l’intérêt général plutôt que le profit de quelques-uns.
Prenez soin de vous.

Benoît Schneckenburger

 

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