Un Président ne devrait pas faire ça

En annonçant mardi 10 octobre qu’il ferait reconnaître officiellement par la France l’hymne et le drapeau européen lors du prochain Conseil européen des 19 et 20 octobre prochains, M. Macron a fait le choix de sacrifier le rassemblement du peuple au nom d’un coup d’éclat médiatique dont il espère tirer avantage. Disons le tout net, ce n’est pas une saine façon de faire.

Un Président ne devrait pas faire ça. Il ne peut pas prendre le peuple en otage pour créer une polémique politicienne et tenter de jouer les fiers à bras en ciblant Jean-Luc Mélenchon. C’est pourtant ce qu’a fait le Président de la République, justifiant sa décision comme un écho à la proposition de loi de la France Insoumise de faire retirer le drapeau européen de l’Assemblée nationale : « Au moment où certains en France ont des débats où on se rétrécit et voudraient enlever le drapeau européen, je veux vous dire que lors du prochain Conseil européen, j’affirmerai officiellement que la France reconnaît le statut de l’hymne européen et du drapeau européen, ce qui ne permettra pas à certains d’enlever le drapeau européen de l’hémicycle français ou de tout autre lieu ».

Un Président ne devrait pas faire ça. Il ne peut pas prendre le peuple en otage en imposant le fait du Prince et en contrevenant à la volonté populaire. M. Macron parle pour lui à défaut de parler pour la France : « JE veux vous dire que J’affirmerai ». Si la France, comme 12 autres états, n’a pas fait sien le drapeau et l’hymne européens en signant la déclaration annexe au Traité de Lisbonne qui est nécessaire à cela, c’est que ce traité lui-même est un coup de force démocratique contre les peuples et notamment contre le peuple Français qui deux ans et demi plus tôt, en 2005, avait rejeté avec force le traité constitutionnel (TCE) dont le traité de Lisbonne n’est que la resucée. Il était ainsi des limites que Sarkozy ne se permettait pas de franchir mais dont que M. Macron s’affranchit allègrement.

Un Président ne devrait pas faire ça. Il ne peut pas prendre le peuple en otage à chaque sortie à l’étranger. Après le pays « irréformable » lâché en Roumanie, après les « fainéants » lancé à Athènes, c’est depuis Francfort qu’il se croit autorisé à faire des annonces qui concernent notre pays. Le minimum pour respecter la dignité des Françaises et les Français serait que le Président s'adresse d'abord à eux lorsqu’il entend leur imposer un drapeau et d’un hymne qu’ils sont sensés reconnaître.

Un Président ne devrait pas faire ça. Il ne peut pas prendre le peuple en otage en tranchant de manière brutale et unilatérale des points de dissension qui traversent la société française toute entière. M. Macron ne peut s’exonérer du 1er tour de la présidentielle et faire mine de penser que ses 66% du 2nd tour valent adhésion à ses idées, notamment sur l’Europe. C’est une bien mauvaise manière que d’instrumentaliser le sens du vote et de vouloir tordre le bras sur ce sujet à une majorité de Français-es.

Un Président ne devrait pas faire ça. Il ne peut pas prendre le peuple en otage et le jeter plus avant dans les griffes de l’Europe à l’heure où le vieux continent est secoué par les contradictions révélées par la crise catalane sur le modèle d’Europe des régions. A jouer aux apprentis sorciers en jouant partout la carte de régions technocratiques pour contourner la souveraineté populaire, l’UE a instillé le poison de la fragmentation des états nation dont elle a pourtant besoin pour décliner un cadre réglementaire favorable à ses visées économiques. C’est pourtant vers plus d’intégration et de reconnaissance que nous dirige M. Macron.

Un Président ne devrait pas faire ça. Il ne peut pas prendre le peuple en otage au nom du coup d’éclat permanent. Parce qu’il est le Président de la France, il a un devoir de rassemblement. Au lieu de cela, il choisit l’un des sujets les plus clivants pour effectuer des annonces médiatiques à courte-vue qui sacrifient à la fois des symboles qui inscrivent notre histoire commune dans le temps long, mais aussi la souveraineté populaire qui devrait permettre au pays d’exercer son présent démocratique.

Non, décidément un Président ne devrait pas faire ça et devenir de la sorte un facteur de désordre, de discorde et finalement d’affaiblissement de la France.

François Cocq

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