Un Macron peut cacher Merkel

« Je soutiendrais Angela Merkel pour la présidence de la Commission européenne si elle souhaitait être candidate ». En disant cela, Emmanuel Macron a levé le voile sur la réalité de son ambition européenne. Pourquoi ne l’a-t-il pas dit dans la campagne européenne ? Pourquoi courber l’échine devant la droite allemande au moment où elle est la plus affaiblie en Allemagne ? Même l’eurocrate correspondant de Libération à Bruxelles Jean Quatremer dénonce désormais l’Europe allemande parlant même « d’impérium germanique » ! A défaut de lire Le Hareng de Bismarck de Jean-Luc Mélenchon, Macron pourrait au moins lire Libé !

Le macronisme est ainsi un vecteur de merkelisation encore accentuée de l’Union européenne. Il en va ainsi de l’idée d’un budget de la zone euro sensé servir d’outil de chantage pour imposer les réformes structurelles anti-sociales aux Etats récalcitrants. Il en va de même pour le développement de l’Europe de la défense dans les fourgons de l’OTAN de Trump. Ou pour la reprise des négociations pour un accord de libre-échange entre les Etats-Unis et l’UE. Toutes décisions approuvées par le président français.

En gage d’allégeance, le gouvernement français a décidé de soumettre au parlement la ratification de l’accord de libre-échange avec le Canada (CETA) en application « provisoire » depuis 2017. Pourtant Nicolas Hulot l’avait dénoncé comme « climaticide » et la commission d’experts nommés par Macron avait jugé que le climat était « le grand absent » de cet accord. En 2017, Macron comme  Hollande en 2012 sur le traité budgétaire, avait promis de « faire modifier » cet accord pour intégrer les questions écologiques. L’arnaque démocratique et écologique est totale.

C’est qu’en France, le macronisme est un merkelisme comme ceux qui l’ont précédé. Mise en cause de la fonction publique, durcissement des conditions d’indemnisation par l’assurance-chômage, âge de la retraite repoussé à 64 ans, privatisations d’Aéroports de Paris, la Française des Jeux, et bientôt EDF : la mise au pas ordolibérale de l’Etat républicain et social français se poursuit. De ce point de vue, l’acte 2 du quinquennat sera d’une brutalité aussi forte que l’acte 1 du président des riches.

Tout cela est de bien mauvaise augure. En Europe, tout le monde sait que la droite allemande veut imposer un des siens à la présidence de la Commission européenne à l’automne pour étrangler les pays trop dépensier. Comme Sarkozy et Hollande avant lui, Macron s’aligne sur la droite allemande et l’orthodoxie euro-libérale. Chaos en vue ! La contestation de ses mauvais coups par la campagne pour un référendum contre la privatisation d’ADP ou la mobilisation contre la réforme des retraites sont ainsi autant d’éléments défendant à la fois l’intérêt général, la justice sociale et la souveraineté populaire.

Matthias TAVEL

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