Turquie : une République en péril

Les Islamistes auront-ils raison de la République turque ? C’est l’enjeu historique qui est posé par les élections législatives du 1er novembre, convoquées par le président islamiste Erdogan. Depuis leur défaite électorale de juin, les islamistes de l'AKP se sont maintenus artificiellement au pouvoir en entretenant un climat de guerre civile dans ce pays de 78 millions d'habitants, candidat pour entrer dans l'Union européenne.

La trajectoire historique de la Turquie est décisive pour l'avenir commun des peuples de méditerranée. En 2013, sa société hautement éduquée et mélangée a vu naître un des mouvements citoyens les plus puissants depuis la révolution tunisienne de 2011. Les centaines de milliers de manifestants qui ont alors pris la place Taksim puis les autres places du pays exprimaient dans leurs revendications écologiques, sociales et démocratiques l'ambition globale de la révolution citoyenne. Depuis, le pouvoir islamiste a tout fait pour l'étouffer en brutalisant la société. Exactement comme son petit frère d'Ennahda l'avait fait en Tunisie. Alors que la République turque a donné le droit de vote aux femmes et interdit le voile à l'école dés les années 1930, les islamistes de l'AKP essaient d'y imposer un modèle totalitaire étranger à son histoire cosmopolite : répression de l'alcool, islamisation de l'enseignement, interdiction de s'embrasser dans les transports etc. Le président Erdogan allant jusqu'à expliquer qu'"il est contre nature de mettre les femmes et les hommes sur un pied d’égalité". L'illusion d'un "islamisme politique modéré" a fini de se dissiper avec la violence politique que ce pouvoir attise désormais ouvertement, en particulier contre le parti HDP devenu le symbole de la Turquie progressiste et émancipatrice.

Erdogan pratique le même cynisme barbare sur le plan géopolitique. Sous couvert d'offensive tardive contre Daesh qu'il a pourtant aidé depuis des années, il a relancé une guerre éradicatrice contre les Kurdes. C'est malheureusement ce pouvoir dangereux qu'Hollande et Merkel ont décidé de soutenir activement depuis l'été. La Turquie d'Erdogan est pourtant la pièce maîtresse de l'internationale financière djihadiste scellée avec l'Arabie saoudite et le Quatar.

Le peuple turc a donc bien plus que son avenir entre ses mains dans l'élection du 1er novembre et ses suites. S'y joue aussi notre avenir commun méditerranéen et l'espoir de faire reculer le cancer salafiste au Moyen Orient. On ne peut donc que souhaiter que les citoyens turcs finissent par chasser les islamistes du pouvoir, comme les Tunisiens ont commencé à le faire à leur façon.

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