Sous le casque le cerveau

Ne pas soutenir l’opération militaire française au Mali conduit à être immédiatement repeint en mauviette agenouillée devant le terrorisme international, insensible aux exactions perpétrées par des groupes intégristes sur les populations maliennes. Il faut résister à cette mise au pas de la pensée ! Il n’y a jamais une seule politique possible, même quand la guerre tonne. Pour lutter contre les groupes qui sévissent au Nord-Mali, nous regorgeons de propositions bien plus performantes que ces interventions militaires qui se sont avérées si désastreuses en Afghanistan et dans tous les lieux où s’est menée la « guerre contre le terrorisme » proclamée par Bush il y a plus de dix ans maintenant.

Il faut notamment frapper au portefeuille. On peut tarir à la source une partie des masses d’argent dont disposent ces groupes. Selon plusieurs journaux, le Qatar fournirait des subsides voire des formateurs aux groupes armés du Nord-Mali. François Hollande aurait pu profiter de sa récente visite dans les Emirats pour en parler. Ensuite, les sommes considérables brassées par les terroristes ne circulent pas à dos de chameau dans le désert. Elles transitent par les mêmes circuits financiers mondialisés que les capitaux classiques. On peut les tracer et les bloquer si l’on impose la transparence des transactions et le droit des Etats à intervenir dans ces no man’s land de la finance. Nous avons aussi des propositions politiques. Ebouriffantes d’originalité ! Si le combat oppose les démocrates à des intégristes voulant imposer par la force leurs vérités révélées, alors il faut des élections au Mali. Quelle peut être la crédibilité d’un gouvernement putschiste sous contrôle de l’armée pour convaincre de la supériorité des principes démocratiques ?

Douze jours après le déclenchement de l’intervention militaire française au Mali, quand sont écrites ces lignes, aucune des questions que nous avons posées un quart d’heure seulement après son annonce dans un communiqué de François Hollande n’a reçu de réponse satisfaisante. D’abord quels sont les buts de guerre ? En quelques jours les dirigeants français ont parlé de bloquer la descente des terroristes vers le Sud, de reconquérir le pays, puis de reconstruire l’Etat malien. Quelle inflation ! Ces dimensions sont imbriquées ? Les groupes intégristes prospèrent certes sur la décomposition de l’Etat malien. Mais on voit alors que ce combat ne peut être gagné par une simple opération militaire. Reconstruire le pays implique par exemple de changer les règles libre-échangistes qui entraînent l’Afrique dans le gouffre.

Ensuite, quelle est la légitimité internationale de l’opération ? Contrairement à ce que disent des perroquets paresseux, le gouvernement n’a pas de mandat de l’ONU. L’ambassadeur français dans cette instance l’a reconnu lundi dernier. L’intervention est une « opération française d’urgence » et non une mise en œuvre de la Résolution 2085. La question de savoir comment passer de l’une à l’autre est « une vraie question » ajoute-t-il !

Nos questions ne sont pas des scrupules de puristes. Elles sont une condition concrète du succès. Onze années de guerre en Afghanistan montrent comment le non-respect du droit international et la définition de buts de guerre irréalistes ou imbéciles conduisent à la déroute. On entend pourtant au sujet du Mali une musique étonnamment proche : nous réussirions cette fois à former l’armée locale, restaurer l’Etat, éliminer les terroristes jusqu’au dernier… Il est encore temps de bien faire. Encore faut-il continuer de penser sous le casque.

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