Le service public ferroviaire sur une voie de garage.

Jusqu'où le gouvernement de M. Hollande ira-t-il dans sa soumission aux exigences de l'Union Européenne ? En matière de politique ferroviaire, il a encore passé un nouveau pas. Tant de renoncements s'accumulant laissent à penser que c'est en réalité une adhésion volontaire au dogme libéral-austéritaire qui n'est que la traduction des vœux de l'oligarchie financière qui en inspire chacun des actes.

Ainsi, le ministre des Transports, non content d'avoir une fois de plus préservé la rente de Bouygues et Vinci par un plan autoroutier absolument inique, qui verra les collectivités et les usagers financer le plan de rénovation des autoroutes, a annoncé vouloir lancer l'ouverture à la concurrence des TER. Cela avant même la date à laquelle le quatrième « paquet ferroviaire » l'y obligera. Non content de n'avoir pas résisté à cette directive d'ouverture à la concurrence de toutes les lignes de transport intérieur, il la devance même. Il faut rappeler la logique qui anime ces directives : il s'agit de permettre à des opérateurs privés de se partager le gâteau de l'exploitation des lignes. Entendez, les lignes rentables, car il va de soi que ceux ci n'auront aucun intérêt à conserver celles qui le sont moins, notamment celles qui déversent les territoires ruraux.

C'est donc une destruction programmée du service public dans sa définition la plus essentielle qui est de répondre aux besoins sociaux et de viser à l'égalité des citoyens sur le territoire. Il faut rappeler que la concurrence dont les technocrates européens nous vantent monts et merveilles a fait passer la part du fret ferroviaire sous la barre des 10% du total des marchandises transportées., ce qui est en contradiction totale avec les objectifs affichés lors de la COP21. Ce beau résultat est une conséquence directe de l'application des précédents paquets ferroviaires.

Cette politique est destructrice pour la SNCF et donc pour ce qu'il reste du service public. Plus encore, après avoir laissé la SNCF mener une politique commerciale centrée sur le tout TGV, et avoir en conséquence laissé la facture de la dette s'alourdir sur sa branche réseau par la construction coûteuse et inutile de lignes LGV, le gouvernement vient d'annoncer que cette dette ne sera pas reprise par l'Etat. Dans le contexte de l'ouverture à concurrence que le gouvernement prépare activement, cette annonce est une bombe. Elle signifie l'abandon de l'opérateur public, sommé de retourner à l'équilibre par ses propres efforts. C'est donc sur ses coûts de structure, de fonctionnement et d'investissement qu'il agira, et donc au final par l'externalisation d'un nombre plus grand de missions, par les économies à faire sur le dos des salariés et par les fermetures de lignes et de gares déficitaires.

Chacun sait qu'il ne faut pas compter sur le parti de Solférino pour s'opposer au dogme de Bruxelles. Cela signifie qu'il brade délibérément le service public, patrimoine de ceux qui n'en ont pas, pour complaire à l'oligarchie. Pour le sauvegarder, il faut s'extraire du carcan des traités, et refuser de les appliquer. C'est le prélude nécessaire à sa reconstruction.

Laurence Pache

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