Le retour de l’Europe allemande

Paralysée depuis trois mois par ses difficultés pour former un gouvernement, Angela Merkel a conclu le 11 janvier un nouvel accord de grande coalition avec les sociaux-démocrates du SPD. Si elle se concrétise, cette nouvelle grande alliance sous l'égide des conservateurs va conforter la marginalisation du SPD allemand, qui avait déjà réalisé en septembre dernier son plus faible résultat depuis 1933. Son discrédit sera d'autant plus fort que cet accord a été souscrit par celui-là même, Martin Schulz, qui avait promis avant et après les élections de septembre qu'il n'y aurait plus de grande coalition ! La faillite de la stratégie social-démocrate en Europe se trouve ainsi confirmée, en dépit des illusions que le PS français entretient encore à son sujet … dans la droite ligne de son ancien leader François Hollande qui voyait encore début 2017 le SPD allemand comme une chance pour réorienter l'Europe.

Au contraire, avec cette nouvelle grande coalition en gestation, c'est le retour des marottes austéritaires de l'Allemagne qui se prépare en Europe. Certes l'accord de gouvernement signé par Merkel et Schulz plaide pour une « étroite collaboration » avec la présidence Macron. Mais cette habile manœuvre diplomatique sert de prétexte pour ressortir des oubliettes une des propositions autoritaires de l'ancien ministre des finances Wolfgang Schaüble : la création d'un Fonds Monétaire Européen pour faire la police des budgets des Etats et les sanctionner. Considérant que la Commission européenne est jusqu'ici trop laxiste dans son contrôle budgétaire des Etats, cette proposition ajouterait un organe non démocratique au chou fleur institutionnel européen.

Faisant courir un grand danger pour tous les peuples d'Europe, cette ligne austéritaire est désormais officiellement partagée et même devancée par le président français Macron. Sans qu'une telle proposition ait jamais été proposée publiquement aux Français, ni même débattue au Parlement, son ministre Le Maire a déjà déclaré dans le journal Die Zeit que le gouvernement français soutiendrait cette idée d'un Fonds monétaire européen. Emmanuel Macron n'en avait pas parlé dans sa campagne, préférant à l'époque un « ministre des finances de la zone euro ». Un organe qui aurait théoriquement pu permettre une forme de responsabilité politique devant un Parlement, ce qui ne sera nullement le cas du Fonds monétaire européen, clairement conçu par les Allemands comme devant être indépendant des choix des citoyens, à l'image de la Banque centrale.

Prévues en 2019, les élections européennes devraient être l'occasion pour les citoyens de dire leur accord ou leur refus de ce nouveau durcissement du carcan de la zone euro. Une révolte des électeurs français face à ce nouveau coup d’État européen donnerait à coup sûr de l'oxygène aux pays européens qui voudraient résister à leur tour à cette Europe allemande.

Laurent Maffeïs

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