Retour de la question sociale

On doit aux salariés d'Air France d'avoir remis en lumière médiatique la lutte de classes. Depuis des mois, pour masquer la dégradation dramatique de la situation sociale, le gouvernement comme la droite et le FN font tout pour parler d'autre chose. Migrations, sécurité et terrorisme ont ainsi saturé le débat public, dans l'indifférence à la montée galopante du chômage et de la misère dans la France de Hollande. Enfouie et méprisée, la colère sociale ne peut en être que plus forte quand elle éclate.

Le retour de la question sociale en cet automne 2015 est donc déjà une défaite culturelle pour le gouvernement, la droite et l'extrême droite. Tout l'enjeu est désormais d'arriver à la transformer en victoire politique des salariés. Que le premier syndicat du pays, la CGT, ainsi que Solidaires, décident de boycotter l'intervention officielle du Président de la République à une conférence sociale, marque une rupture politique. Jusqu'ici, ils écoutaient les déclarations du président et du gouvernement même s'ils refusaient de négocier sur les régressions qui en découlaient.

Désormais la parole présidentielle est donc tellement disqualifiée sur le terrain social que les premiers représentants des salariés ne jugent même plus utile de l'écouter. Hollande a bien vu le danger. Au point d'intervenir lui-même à la radio le matin de ce boycott. Ses mensonges sur les succès du dialogue social dissimulent une régression historique que vient d'entériner le gouvernement : le report de fait à 63 ans de l'âge légal de la retraite. Jamais un tel recul n'avait été évoqué par le PS. C'est pourtant ce qui découle de l'accord sur les retraites complémentaires obtenu par le gouvernement au prix d'un intense lobbying en faveur des positions patronales. Là où ses mentors "démocrates", Blair, Schröder ou Prodi prétendaient être à « égale distance entre le travail et le capital », le gouvernement apparaît désormais au quotidien comme le bras politique du Medef. Les catastrophes sociales qui en découlent se doublent d'un déni démocratique. Car les dernières estimations de représentation patronale montrent que le Medef ne représente qu'un quart des entreprises de plus de 11 salariés. Le gouvernement mène donc la politique d'une toute petite oligarchie financière étrangère aux intérêts des entrepreneurs eux-mêmes. Plus l'étroitesse de cette base sociale du pouvoir sera visible, plus son maintien en place deviendra insoutenable.

Partager cet article...
Share on Facebook
Facebook
Tweet about this on Twitter
Twitter
Share on Google+
Google+
Email this to someone
email