Résultat des élections Un miroir déformant ?

Après plus de 6 mois de mobilisation sociale , les élections européennes n'ont pas été la traduction des aspirations populaires exprimées et n'ont pas permis de sortir du duel imposé entre le système et son assurance-vie.

Ces élections se terminent aussi par un score très décevant pour la France Insoumise (6,3%) . Ne tournons pas autour du pot : le score n’est pas à la hauteur des espérances, et encore moins de l’investissement militant du mouvement. Pourtant, les premiers échos de la veille, issues du continent américain étaient rassurantes. Guadeloupe, Martinique et Guyane s’étaient bien mobilisées sur la liste menée par Manon Aubry, avec un score autour de 13% dans chacun de ces 3 départements. Mieux encore, dans la Réunion, département natal de Younous Omarjee, candidat et député sortant FI, la FI est deuxième derrière le RN avec près de 20% des voix.

Nationalement, la France Insoumise ne réalise que 6,3% des exprimés, soit un peu moins d’un million et demi des voix, à comparer avec les 2 millions et demi des législatives.

Comprendre les dynamiques

Premier élément, la participation a rarement été aussi élevée pour des élections européennes. Y compris dans certains quartiers populaires où il y avait parfois des bonds de 10 points de participation par rapport aux législatives.

Première interprétation (mais qui s’est révélée naïve à postériori) la hausse de participation devrait aussi profiter à la France Insoumise. Que nenni ! 50,1% de participation, mais seulement 45% de l’électorat de Mélenchon de la présidentielle 2017, contre 62% de Hamon, 60% de Macron, 57% de Le Pen , 56% de Fillon.

Une abstention différentielle très défavorable donc pour LFI et qui explique en partie le mauvais résultat électoral.

En outre, l’électorat FI est connu pour être un électorat plutôt jeune et populaire. Or, la participation des 18-34 ans n’a été que de 39%, 11 points inférieure à la moyenne. De leur côté, les employés et ouvriers n’ont participé qu’à 41%, 24 points moins que les retraités !

Dans les intentions de vote, la FI ne recueille que 7% auprès des 18-34 ans , contre 27% pour EELV. Il semblerait donc qu’une partie importante de l’électorat jeune susceptible de voter FI, a préféré tenter le vote « Europe Ecologie », dans un contexte post « marches pour le climat ». Rappelons que dans cette catégorie d’âge, Jean Luc Mélenchon avait obtenu près de 30% de suffrages lors de l’élection présidentielle.

Autre signe d’un mouvement d’opinion brusque, LFI se fait devancer par EELV y compris dans la catégorie Employés/ Ouvrier : 10% pour LFI contre 13% pour EELV. Même sort chez les personnes en situation de chômage : 8% pour LFI contre 13% pour EELV.

En analysant les matrices de report de voix de la présidentielle vers les européennes :

  • Seuls 36% des électeurs de Jean Luc Mélenchon qui se sont exprimés ont choisi la liste France Insoumise.
  • 19% ont voté EELV
  • 11% pour le PCF
  • 8% pour le PS
  • 6% Générations

La proportion des électeurs Mélenchon 2017 ayant voté RN est de 4%. Autant que celle qui a voté RN auprès de l’électorat de Macron 2017. Démonstration s’il en fallait que l’idée selon laquelle il y aurait des porosités entre LFI et RN est saugrenue.

En revanche, il existe bien des porosités entre LR et RN , puisque 18% des électeurs de Fillon ont voté RN.

Cette élection a constitué un nouveau revers pour les instituts de sondage de l’officialité.

EELV était annoncé entre 7 et 9% jusqu’aux sondages sortis d’urnes inclus ! 5 points de retard !

LR annoncé entre 12-14%, finira à 8% ! 5 points de retard !

FI annoncé entre 8 et 9% , finit à 6,5%...

Il en est de même pour la participation, longtemps estimée dans les sondages entre 40 et 44% , elle finira par dépasser les 50%.

Bien sûr, ils pourraient rétorquer que des « mouvements brutaux » se sont produit le jour du vote. Nous le croyons. Mais à quoi bon « servir » des sondages aussi peu fiables matin, midi et soir, jusqu’à satiété  pour qu'ensuite tout soit démenti le jour J puisqu'en effet rien ne s'est cristallisé avant le jour du vote?

Et maintenant ?

Pour résumer :

Le duel /duo orchestré par le gouvernement et les médias mainstream a accompli sa capacité prophétique. L’extrême droite est en tête, mais réalise un point de moins par rapport aux européennes de 2014.

LREM a réussi à siphonner la droite, ce qui lui a permis de relativiser son revers. Mais son score est inférieur à celui de Macron à la présidentielle et signe un désaveu au gouvernement.

LR se disloque littéralement. Il perd 13 points par rapport à son score de 2014 et 12 points par rapport au score de Fillon.

En nombre de voix , LREM perd 2,5 millions de voix par rapport aux législatives.

La FI réalise un score égal à celui du Front de gauche (qui incluait le PCF en 2014). Cela permet de relativiser l’échec, mais les ambitions et les scores de la présidentielle et des législatives sont bien loin.

Le PS réalise le plus bas score de l’histoire du PS aux européennes. Même si cela pourrait passer au premier abord pour un demi-succès, vu qu’il n’était pas impossible de voir le PS en dessous des 5% selon les sondages toujours. Il est à noter que le score du PS du jour est en retrait de 8 points par rapport à 2014. Tout de même…

EELV est le seul à tirer vraiment profit de cette séquence électorale. Cela n’est pas tant du à la qualité du candidat tête de liste ou d’une campagne particulièrement réussie , qu’à l’émergence de la question écologique et l’inquiétude légitime notamment dans la jeunesse quant au dérèglement climatique. L’écologie n’est pourtant pas l’apanage d’EELV, surtout quand Jadot se déclare « compatible avec le marché ». L’écologie de marché est une hérésie. Le capitalisme vert , ça ne peut pas exister.

Pour autant, le marketing «  Europe Ecologie » fonctionne encore. Mais à présent, il faudra passer aux actes et par la cohérence. A commencer par la question des alliances au parlement européen. Nous verrons à ce moment qui seront les alliés de Yannick Jadot.

Pour conclure, il s’agit de ne pas surestimer le poids de ces élections européennes dans le temps long de l’histoire. Il s'agit plus probablement d'un miroir déformant de l'état des rapports de force politiques. Et puis, LFI peut compter désormais sur 6 nouveaux députés de combat au Parlement Européen pour continuer la bataille sur les sujets sociaux, écologiques et démocratiques. Autant de points d'appui pour les mobilisations sociales et écologiques à venir.

Raphael Qnouch
Image: Benjamin GW

 

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