Relocalisation, transition écologique : Quel avenir pour l’industrie en France ?

Entretien avec Jean-Charles Hourcade, directeur de recherche au CNRS et directeur d'étude à l'EHESS.

Comment lutter contre les délocalisations ? Peut-on résister seul à ce mouvement ?

La désindustrialisation serait une conséquence inévitable de la mondialisation : la spécialisation impliquerait un déplacement de l'emploi vers des pays à bas coûts de production tandis que les pays plus développés devraient seulement garder des emplois de pointe et de service. C'est formellement faux : même une économie mondialisée permet la relocalisation !

Même dans le cadre de l'OMC (Organisation mondiale du commerce), il existe des outils de régulation des échanges et de protection des économies : on peut y déployer une stratégie qui combine les normes environnementales, le contrôle de conformité, les règles de protection . Dans l'agro-alimentaire les Chinois utilisent une réglementation d'une complexité telle que les entreprises étrangères n'entrent pas sur le marché. Cette panoplie permettrait de mettre en œuvre un protectionnisme intelligent sans déclencher une guerre commerciale généralisée à laquelle nous n'avons pas intérêt.

Quant à résister seul, oui, un pays comme la France, qui occupe la 7e place dans le commerce mondial, devant de grands pays comme l’Inde, la Russie, le Brésil, l’Australie, la Corée du Sud ou le Canada, peut bien évidemment résister seul !

Il faut être clair : il s'agit de rapport de forces et de négociations : gagner sur tout n'est pas possible. Mais il faut prendre l'initiative et mener les négociations avec franchise, en fonction des balances commerciales, pays par pays, produits par produits. Certes, le poids de la Chine et de l'Allemagne dans nos échanges rendra la discussion serrée, mais avec tous les autres il n'y a pas de problèmes bloquants. C'est la volonté politique qui est décisive. Par exemple, la Corée du Sud défend efficacement ses intérêts. Elle ne pèse pourtant pas « plus lourd » que la France .

En réalité on n'est jamais seul : on est dans un réseau d'échanges multiples qui sont autant de leviers sur lesquels jouer pour protéger nos savoir-faire et nos emplois.

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