Que fait la police ?

L’onde de choc de la mort de George Floyd n’en finit plus. Le cri poussé est celui de la justice, de l’égalité, de la dignité, de la liberté. L’enjeu, c’est la dénonciation des violences, des brutalités et du racisme d’un certain nombre de policiers. La place de la République à Paris, pleine comme un œuf le samedi 13 juin, témoigne de l’ampleur de la revendication, c’est-à-dire de la blessure. La République, Marianne en surplomb, est ainsi interpellée quant à la réalité de sa devise. Car c’est bien de la France qu’il s’agit au-delà même de la police.

A propos de police, méditons ces mots de Saint-Just cités par François Delapierre dans son livre Délinquance, les coupables sont à l’Intérieur : « Une consciences publique, voilà la meilleure police ». La situation actuelle ne lui donne que trop raison. La conscience civique est abîmée par les injustices, la cupidité, la violence de la société capitaliste. La conscience policière est viciée par la politique du chiffre, les coups de menton en guise de politique pénale, l’idéologie sarkozyste et lepéniste. On est au point que la police n’aurait été qu’ « un camp » face aux Gilets jaunes, comme si elle était un corps étranger à la société qui la fonde.

« Que fait la police ? » est une question légitime pour tout citoyen, n’en déplaise aux censeurs. C’est la question réflexe lorsqu’on constate un crime impuni. C’est la question qui brûle les lèvres devant les vidéos où l’on entend un policier traiter de « bicot » un individu, où l’on voit des hommes en tenue frapper des manifestants à terre ... etc. Il y a ici le visage insupportable de l’abus de droit. Chaque contrôle au faciès est une entaille dans le refus de l’arbitraire qui fonda la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen (« Ceux qui sollicitent, expédient, exécutent ou font exécuter des ordres arbitraires, doivent être punis », « Tout homme étant présumé innocent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable, s'il est jugé indispensable de l'arrêter, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s'assurer de sa personne doit être sévèrement réprimée par la loi », « La force publique est instituée pour l'avantage de tous, et non pour l'utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée »).

Entendons-nous bien. Nous ne faisons pas partie de ceux qui « détestent la police ». Face aux terroristes, plusieurs policiers ont perdu leur vie pour défendre la nôtre. Face aux délinquants, criminels, conjoints violents, c’est l’insuffisante action policière (et parfois judiciaire) que nous dénonçons. Et l’on voit bien quelle difficulté il peut y avoir lorsque même les pompiers ou les bus sont caillassés par des individus dont le rapport à la société est manifestement abîmé.

Les objectifs de la police, ses méthodes, sa formation, ses mécanismes de contrôles doivent être revus en profondeur. La Révolution citoyenne aura à s’y atteler avec vigueur.

 

Paul Hisse

 

Crédit photo : Salam Abbara - Twitter : @salam_isme

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