Notre allié c’est le droit

Hollande se trompe car l’alignement sur les États-Unis est la plus mauvaise réponse qui soit à la guerre qui déchire la Syrie. Si l’objectif est d’empêcher le recours aux armes chimiques et globalement aux armes sales qui ne trient pas entre soldats et civils, voire continuent à tuer ou mutiler plusieurs années après, la France ne doit pas se ranger derrière un pays qui n’a aucune crédibilité en la matière.

Les épandages d’agent orange au Vietnam par les États-Unis continuent quarante ans après de faire un million de victimes d’après les ONG. En 1988, la CIA aidait encore Saddam Hussein à organiser une attaque chimique contre l’Iran. En 2002, lors de l’affaire des courriers à l’anthrax, l’enquête, qui visait initialement les réseaux d’Al-Qaïda, s’arrêta vite quand on découvrit que le produit était issu des laboratoires de l’armée états-unienne (le coupable désigné se serait suicidé). En ce moment, l’Irak subit la pollution causée par les missiles à uranium appauvri utilisés par l’armée états-unienne. Ajoutons que la Syrie n’est pas le seul pays à n’avoir pas signé ou ratifié la convention de 1993 qui fait obligation de détruire les stocks d’armes chimiques. La presse va-t-en-guerre ne cesse de citer la Corée du Nord mais oublie souvent deux grands États de la région : l’Égypte et Israël. Deux pays alliés historiques des États-Unis... La voix autonome de la France serait donc bien plus audible, surtout si le gouvernement annonçait l’abandon des munitions à uranium appauvri que nous sommes les seuls à fabriquer en Europe.

Si l’objectif est d’ouvrir la voie vers une solution politique au conflit, il faut des négociations entre toutes les parties-prenantes. Pour l’heure ce sont les groupes armés de l’opposition (les seuls dont on parle en occultant la Coordination nationale pour le changement démocratique, laïque, qui a refusé la militarisation du conflit) qui refusent d’aller à « Genève II » faute de s’entendre sur leur délégation. Ensuite il faudra travailler à rapprocher les positions. Là encore, la France peut nouer un dialogue nouveau avec la Russie, à condition de ne pas soutenir comme l’a fait Hollande au dernier sommet de l’OTAN le projet états-unien de bouclier anti-missiles qui vise à la priver de sa capacité de dissuasion nucléaire.

La tradition politique de François Hollande est l’alignement sur le Parti Démocrate. C’est son droit. Mais ce que la France apporte au monde est à l’inverse son indépendance. Nous l’avons encore constaté en 2003 lors de la dernière guerre d’Irak. Jamais jusqu’ici nous n’avions épousé la thèse selon laquelle l’utilisation du droit de veto reconnu par le droit international à la Russie ou à la Chine légitimait la formation d’une coalition autour des États-Unis, seul pays à disposer de la puissance militaire pour agir seul. Jamais nous n’avions accepté l’idée que les responsables d’un État puissent disposer du droit d’enquêter, de juger et de « punir » un autre État. Car jamais nous n’avions renoncé à instaurer un droit international.

Cette volte-face a aussi un versant intérieur. Devant l’hypocrisie de la droite qui réclame un vote du Parlement après avoir adopté une réforme constitutionnelle qui ne l’exige pas, plusieurs dirigeants du PS se mettent comme Valls à se réclamer de « l’esprit et de la lettre de la Cinquième République ». La politique française se met au diapason états-unien avec une guerre par an. Pendant ce temps on ne parle pas d’autre chose. Et notamment de la réforme des retraites qui nous mobilisera dès le 10 septembre.

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