La neutralité du net en danger

La Commission fédérale des communications (FCC) américaine est sur le point de mettre fin à la neutralité du Net aux États-Unis d’Amérique. Une vingtaine de « pionniers », chercheurs ayant participé à la création des technologies sur lesquelles repose Internet, écrivent une lettre à la FCC pour lui dire « Vous ne comprenez pas comment Internet fonctionne ». Ils demandent d’annuler le vote qui a lieu jeudi 14 décembre et qui vise à lever les protections actuelles de la neutralité du net, en partie mise en place par l’administration Obama.

Comment internet fonctionne

Il faut en effet savoir un petit peu « comment Internet fonctionne » pour comprendre ce qu’est la neutralité du net. Internet est comme un réseau de transport routier : il est constitué d’autoroutes, d’échangeurs, de plus petites routes qui desservent les localités, jusqu’aux câbles reliant chaque foyer au réseau. Lorsque l’on visite un site internet américain, le contenu emprunte un ensemble de sous-réseaux successifs : par exemple, il peut passer par un premier câble de New-York au sud de l’Angleterre, puis un deuxième vers Amsterdam (un des plus gros nœuds d’Europe), avant d’être dirigé vers la France, atteindre le nœud d’une grande ville, puis le réseau d’un quartier jusqu’à être reçu chez vous.

Lorsqu’une personne paie pour un accès à Internet, elle paie auprès d’un opérateur le droit d’accéder à son sous-réseau, et une certaine vitesse d’accès à ce réseau. L’opérateur paie lui-même auprès d’autres opérateurs (qui gèrent chacun quelques autoroutes et nœuds internationaux) le droit de faire circuler une certaine quantité de données sur leurs propres réseaux. Tous ces réseaux, interconnectés, forment Internet, et permettent que n’importe qui puisse envoyer ou recevoir des données d’un point à un autre du monde.

Ce qu’est la neutralité du net

Le principe de la neutralité du net est relativement simple : il garantit qu’aucun opérateur n’a le droit de donner la priorité à certaines données en fonction de leur origine ou de leur destinataire. Que vous regardiez une vidéo sur Youtube ou que vous visitiez le site de l’Université de Berkeley, ni l’opérateur qui gère le câble transatlantique, ni l’opérateur qui gère la connexion entre Amsterdam et la France, ni celui qui vous relie du nœud urbain à votre maison n’ont le droit de prioriser votre connexion à l’un ou l’autre.

Les principaux opposants à la neutralité du net sont les opérateurs, qui y voient une bonne occasion de faire payer les gros émetteurs de données en échange d’un accès prioritaire à leurs réseaux. Youtube, Facebook, Netflix, et autres entreprises de streaming, sont les principales cibles, et donc les principales entreprises à défendre la neutralité du net. Les opérateurs estiment que ces entreprises, qui font des profits grâce à Internet, devraient participer plus que les autres au financement des infrastructures.

Mais il ne s’agit pas seulement d’une guerre entre capitalistes. La neutralité du net est la garantie que les petits émetteurs puissent continuer à exister sur le net. Si envoyer des données sur le réseau mondial implique de payer chaque opérateur par lequel elles doivent transiter, sous peine de les voir considérablement ralenties, alors il devient impossible de se faire une place pour les petits acteurs, notamment associatifs ou locaux. Ce n’est plus la qualité du contenu ou l’utilité pratique d’un site internet qui déterminera s’il sera beaucoup visité, mais le fait que son propriétaire ait payé une taxe aux opérateurs pour qu’il soit utilisable sans trop de ralentissements.

En Europe, la neutralité du net est relativement bien protégée juridiquement. Mais lundi 11 novembre, sur BFM Business, le PDG d’Orange Stéphane Richard a lancé une nouvelle attaque, en prétendant qu’un internet à plusieurs vitesses était la condition de l’arrivée de la 5G en France.

Quoi qu’il arrive, un changement aux États-Unis d’Amérique touchera les citoyens du monde entier, dès lors qu’ils visiteront un émetteur de contenu américain. La mobilisation en ligne y est forte. Mais Ajit Varadaraj Pai, ancien avocat de l’opérateur Verizon, et président de la FCC depuis janvier 2017, semble déterminé.

Guillaume Royer

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