Low cost : Juteux pour les groupes par pour les salariés

« Moins cher ». C’est l’argument numéro un des entreprises pour appâter des clients en mal de pouvoir d’achat du fait de la précarité, des petits salaires, du chômage, des petites retraites. Mais « moins cher » n’existe pas au pays record d’Europe du nombre de millionnaire et de dividendes versés aux actionnaires. L’économie à « bas coût » (low-cost) a un coût environnemental et social bien réel.

Le modèle du “low cost” se répand à large échelle, en France comme dans le reste du monde. Des groupes tels que Ryanair, Lidl ou Amazon sont devenus de véritables mastodontes, écrasant la concurrence par leur politique de prix bas. Le groupe Amazon, par exemple, a dégagé un chiffre d’affaires colossal en 2017 de près de 178 milliards de dollars, en hausse de +31% par rapport à 2016.

Mais il est une autre réalité, beaucoup plus inquiétante et plus difficilement quantifiable : celle du coût social du low cost. En effet, leur modèle de prix bas repose sur des stratégies comparables : un management dur, des conditions de travail et salariales dégradées.

Conditions de travail : les salariés sont devenus des robots

En septembre dernier, un reportage de Cash Investigation a levé le voile sur les conditions de travail effroyables des salariés des magasins LIDL. Cette émission mettait en avant des scènes de menace et de harcèlement. Le groupe Lidl avait pudiquement reconnu des “cas isolés”, quand les syndicats faisaient état de pratiques généralisées. De fait, la pénibilité du travail au sein des magasins Lidl est particulièrement préoccupante : les préparateurs de commandes situés dans les entrepôts peuvent porter jusqu’à huit tonnes par jour. A des cadences aussi intenses, le “corps finit par s’épuiser”. Mais Lidl a trouvé la parade : en cinq ans, 2 196 salariés ont été licenciés pour inaptitude et à peine 1% des salariés concernés ont été reclassés.

Ces conditions de travail éreintantes sont le résultat d’une course effrénée à la performance, comme en témoigne l’exemple d’Amazon. Les salariés y font l’objet d’un flicage permanent, sur les temps de pause tout comme sur leur productivité, avec des conséquences bien concrètes sur les accidents de travail. Bien que la direction d’Amazon France tienne un discours rassurant sur les efforts faits par le groupe sur les conditions de travail, les faits sont têtus. Le journal Challenges, peu suspect de sympathies gauchistes, révèle une augmentation de 28% des accidents de travail en 2016 sur le site de Saran, soit 349 accidents (Source : rapport CHSCT). Ces accidents de travail touchent environ 20% des salariés et la tendance ne s’améliore pas en 2017.

L’impact sur les conditions de travail du modèle low cost concerne, non seulement les structures de distribution (entrepôts, magasins), mais peut s’étendre également à leurs fournisseurs. Un rapport de plusieurs ONG dont Oxfam a mis en évidence l’usage de pesticides interdits dans l’Union Européenne, par des fournisseurs de bananes et d’ananas du groupe Lidl. Il s’agit des plantations Matias en Equateur et Finca Once au Costa Rica. L’épandage de ces substances s’effectuant durant le temps de travail des salariés, ceux - ci sont exposés à des substances hautement dangereuses, avec des conséquences dramatiques sur la santé humaine : cancers, maladies respiratoires, fausses couches pour les femmes.

De telles conditions de travail ne seraient pas supportables sans le recours massif à la précarité et aux bas salaires.

Des sites Amazon tel que celui de Saran (1400 salariés et 800 intérimaires) tournent avec un volant d’un tiers d’intérimaires. Et Amazon a également recours massivement aux intérimaires lors des pics d’activités de fin d’année (7500 intérimaires fin 2017). D’après le témoignage d’Antoine à Montélimar, “depuis quelques temps, ils s’en prennent davantage aux intérimaires en leur envoyant des lettres d’avertissement parce que leur productivité a baissé ou parce qu’ils prennent trop de temps de pause. Ils organisent des réunions de “low performers”, autrement dit des recadrages pour les nuls. Les personnes les plus faibles sont convoquées en groupe et la direction les pousse ensuite plus ou moins explicitement vers la sortie s’ils ne s’améliorent pas”.

Ryanair a perfectionné encore plus le système en généralisant le statut d’auto-entrepreneur pour le recrutement de ses pilotes, via une multitude de petites structures ad hoc de droit irlandais. Les pilotes sont certes payés 35% de plus qu’en France, mais doivent prendre en charge leur assurance maladie, leur épargne retraite,... Ces “chefs d’entreprises” sont payés à la tâche : à l’heure de vol, mais pas sur le temps de travail au sol, … “En outre, les jeunes recrues doivent payer de leur poche 29.500 euros de formation pour voler chez Ryanair, ce que la compagnie dément”.

Côté rémunération, les salariés font plutôt grise mine. C’est le cas chez Amazon où les débrayages se multiplient pour obtenir des salaires décents, comme à Montélimar en 2016, à Saran début 2017 ou à Lauwin Planque en juin 2017. Le syndicat CFDT du groupe Lidl déplore, quant à lui, la dureté des négociations salariales avec l’employeur : “Malgré les excellents résultats enregistrés cette année encore, la direction n’a pas souhaité récompenser ses salariés de manière significative. + 10% de chiffre d’affaires pour la 3° année consécutive, soit un milliard de plus et pourtant, l’augmentation générale ne dépasse pas l’inflation (+1,1%). C’est peu.

Sécurité “low cost” pour les usagers ?

Enfin, les normes de performances imposées par Ryanair peuvent présenter des risques, y compris pour les consommateurs. Christophe Tarot, président du Syndicat National des Pilotes de Ligne (SNPL) expliquait en Octobre 2017 que les conditions de travail chez Ryanair posent un vrai problème de sécurité des vols. Des témoignages de pilotes rendent également compte de “cadences de travail très soutenues, à la limite de la légalité : des journées de 13 heures de service, 900 heures de vol par an”. Des seuils maximum qui deviennent la norme chez Ryanair, avec des avions qui “tournent 18 heures par jour pour pouvoir être rentables”. Au point que certains pilotes s’endormiraient en vol et feraient des micro - siestes de 10 minutes pour tenir…

Mathieu Sitori

Sources :

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