L’hôpital ne demande pas la charité

La mobilisation des personnels de l’hôpital public n’en finit pas de grandir : des urgences aux autres services, des aides-soignant.e.s et infirmier.e.s aux médecins, des syndiqué.e.s à ceux qui ne le sont pas. La colère est intense, la lutte solidement ancrée, les journées d’action plus mobilisatrices à chaque fois comme ce 14 novembre. Le gouvernement, acculé, cherche comment éteindre l’embrasement social sans donner raison aux personnels sur le fond.

Le mal est profond. Il y a peu, le système de santé français était le meilleur du monde. Ce souvenir s’éloigne chaque jour malgré le dévouement des soignants, sous les coups d’une gestion libérale et austéritaire : les maux se nomment tarification à l’activité (T2A), regroupements à marche forcée, emprunts toxiques, sous-investissement, suppression de personnels et fermeture de lits. Sous Sarkozy (loi Bachelot), Hollande (Loi Touraine), Macron, les mauvais coups se succèdent comme ces « lois de financement de la sécurité sociale » sous-dimensionnées pour faire face à la hausse des dépenses de santé imposées par l’état de la société (vieillissement, hausse des maladies chroniques) et les dysfonctionnements du système de soins.

Un plan de recrutement massif est urgent pour prendre en charge les patients dans les délais qu’exige leur santé, pour permettre aux soignants de travailler dans des conditions décentes, pour remettre de l’humain. Le retour à un mode de financement des hôpitaux sur d’autres bases que « l’activité » est indispensable pour éviter la délétère course au rendement. La maladie n’est pas une marchandise, les malades n’ont pas à être rentables.

Mais c’est toute la politique de santé publique qui est en cause. Les urgences s’engorgent faute de personnels mais aussi parce que les déserts médicaux d’une part, les reculs de la sécurité sociale d’autre part, poussent à venir consulter au seul endroit ouvert sans rendez-vous ni carte bleue. A l’hôpital comme dans les pharmacies, on se heurte aussi aux pénuries de médicaments du fait d’une industrie pharmaceutique livrée à la finance, aux délocalisations. Les maladies chroniques explosent sous les coups de la précarité, de la malbouffe, des pollutions, de pesticides divers et variés. Dans la santé comme dans tant d’autres domaines, l’exigence démocratique est aussi très forte face à la mainmise d’intérêts privés, de dirigeants d’hôpitaux agissant en potentats, de ministres et administrateurs plus soucieux de résultats financiers que des soignants et soignés.

C’est l’intérêt général qui est en cause à travers la capacité d’une nation comme la nôtre à combattre les maladies, à prendre en charge les malades, à former et rémunérer les personnels nécessaires pour cela, à partager aussi avec le monde entier ce qui ne demande qu’à redevenir une référence mondiale. La lutte des blouses blanches nous concerne tous. Prochain rendez-vous le 30 novembre à Paris pour une manifestation nationale ! Avant la bataille du 5 décembre.

Matthias Tavel

Crédit photo Jeanne Menjoulet

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