Les deux font la paire

Deux textes, deux stratégies dont Hollande n’est que le continuateur. Pour faire passer une nouvelle « réforme » des retraites, il a repris la stratégie du choc initiée par la droite. Quant au Grand Marché transatlantique, il s’efforce d’en parler le moins possible.

Revoilà donc un rapport Moreau. Les campagnes d’affolement sont aux réformateurs des retraites l’équivalent des bombardements déchaînés par l’armée états-unienne avant de poser pied à terre. Mais les spécialistes du conditionnement psychologique des masses semblent avoir perdu la main. La dernière fois, en cumulant les déficits prévus sur plusieurs années, la « grande presse » titrait sur un trou abyssal de 2 000 milliards d’euros. Cette fois l’épouvantail choisi est facile à retenir mais plus modeste : 20 milliards en 2020. Cela n’empêche pas les journalistes à gages de crier au « gouffre financier ». Pourquoi n’ont-ils pas dit la même chose quand le gouvernement a offert 20 milliards aux entreprises sans aucune contrepartie avec le crédit d’impôt Gallois ? 20 milliards d’euros c’est seulement 1% de la richesse produite chaque année en France. C’est un petit sixième des 120 milliards supplémentaires prélevés annuellement sur cette richesse par les actionnaires depuis que le coût du capital a commencé à s’envoler dans les années 80. C’est moins que les 30 milliards que pèse le fardeau des exonérations de cotisations sociales patronales. Il faut donc résister aux organisateurs de panique, moquer le rapport Moreau, dégonfler cette offensive qui vise à nous enfermer dans une discussion pour savoir s’il faut nous priver d’un bras, d’une jambe, d’un œil ou d’un bout de chaque.

Car les mesures en chantier sont une catastrophe sur tous les plans. L’allongement de la durée de cotisation prépare l’explosion du nombre de retraités pauvres. La majorité des salariés ne travaillera pas plus longtemps. Le principal effet des réformes Fillon a déjà été la hausse de plus de 30% des chômeurs âgés. Tout en creusant le chômage, le report de l’âge effectif de départ en retraite affecte la seule courbe que les politiques néolibérales parviennent à inverser (avec celle du nombre de députés PS), celle de l’espérance de vie. A ce désastre social et sanitaire s’ajoute un contresens économique. En réduisant les pensions pour « économiser » 13 milliards d’euros, on diminuerait le PIB de 0,8% soit 8 milliards de rentrées fiscales en moins. Sans compter les autres effets de la récession ainsi provoquée ! La nouvelle réforme des retraites Hollande-Barroso s’inscrit donc dans la stratégie austéritaire imbécile qui prétend réduire les déficits causés par le chômage de masse en diminuant les dépenses qui freinent sa progression.

En revanche sur le grand marché transatlantique c’est le silence organisé. C’est l’avantage de l’Union Européenne. Le mandat de négociation est secret. Les discussions tenues ce 14 juin pour l’adopter aussi. Il nous faudrait croire que « la France » a arraché une grande victoire en préservant la culture du dogme du libre-échange. Mais la santé ? L’emploi ? L’alimentation ? La souveraineté des Français niée par les procédures d’arbitrage permettant à une entreprise de faire condamner un Etat coupable d’adopter des normes sanitaires ou environnementales qui la contrarieraient ? C’est toute l’exception humaine qu’il faut imposer à la finance. Car l'humain ne se découpe pas en tranches. La finance le sait bien. D'où sa prétention à soumettre nos vies, en toute nation et de la naissance à la mort, au cycle inhumain du profit.

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