L’économie au bord du vide

Dès son adoption, nous annoncions l’échec du plan d’austérité imposé à la Grèce. Le ministre allemand de l’économie vient de le confirmer en jugeant inévitable une restructuration de sa dette. Papandreou a répliqué dès le lendemain : « Il faut restructurer le pays et non la dette ». Tel quel !

Il se prépare donc à annoncer de nouvelles privatisations : compagnie nationale d’électricité, du téléphone, du gaz, des chemins de fer, usines d’armement, ports et aéroports… Sans compter le passage aux 40 heures dans la fonction publique (contre 37,5 aujourd’hui), des baisses de salaires dans les grandes entreprises publiques et de nouvelles coupes dans la santé.

Quel désolant spectacle de voir le président de l’Internationale socialiste achever son pays à coup de saignées imbéciles. Depuis que le bon docteur FMI est au chevet de la Grèce, la dette publique a explosé et devrait représenter 152% du PIB fin 2011. L’austérité a bloqué la consommation intérieure et les exportations sont restées handicapées par le niveau de l’euro. La récession a atteint 4,5% en 2010 et devrait encore être de 3% cette année selon les prévisions du FMI. Dès lors, les recettes fiscales périclitent et les objectifs de réduction du déficit s’éloignent, provoquant le déchaînement des spéculateurs. Les obligations grecques à dix ans atteignent désormais le taux record de 13,7%, les obligations à deux ans dépassent les 20%. La restructuration de la dette devient inéluctable.

C’est le scénario catastrophe pour les banques. La crise de la dette privée semblait surmontée par sa transformation en dette publique à grands coups de plans de sauvetage étatiques. Mais si les États ne paient pas, c’est en quelque sorte retour à l’envoyeur. Lequel n’a pas les moyens d’assumer ses frasques. Une décote de 25% sur les dettes publiques grecque, irlandaise, portugaise et espagnole coûterait 20 milliards d’euros aux banques allemandes (14% de leurs fonds propres), 7 aux françaises, 4 aux britanniques et 53 aux espagnoles (50% de leurs fonds propres !) De nouvelles banques vont donc tomber. Or personne ne pourra les ramasser. En Islande, le peuple a refusé dimanche dernier pour la deuxième fois par referendum de rembourser leurs pertes, tout bonnement parce qu’il n’en a plus les moyens. En Irlande, le gouvernement a fait le choix inverse mais le pays est coulé par la facture du sauvetage de ses trois grandes banques, bientôt 60 milliards d’euros ! Au Portugal et en Espagne, les taux d’intérêt sur la dette publique s’envolent au moment où les banques s’enfoncent. Chacun entraîne l’autre dans sa chute. La dégradation de la note d’un État précède souvent celle de ses banques nationales car il ne peut plus en assurer la garantie.

La situation est d’autant plus grave que selon le FMI, les banques européennes se trouveront l’an prochain en face d’un véritable « mur de la dette » avec des besoins de refinancement de 2 500 milliards d’euros arrivant à échéance. Ce sont les banques allemandes, déjà jugées fragiles, et celles d’Irlande, exsangues, qui seront en première ligne. Aux États-Unis, Obama annonce un plan d’économie drastique (« aucun secteur ne sera épargné ») pour faire face à une dette publique qui atteint 100% du PIB. Tous glissent vers la banqueroute… sauf la Chine qui vient de proposer aux sommets des économies émergents de prêter une part de ses colossales réserves de change. L’effondrement de l’économie casino bouleverse aussi la hiérarchie entre capitalismes concurrents. La dégringolade qui s’annonce sera un tournant dans l’histoire du monde.

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