Le Vrai visage de l’Union européenne

C’était l’argument numéro un des partisans du projet de Constitution européenne puis du traité de Lisbonne. Ceux-ci contenaient des « avancées institutionnelles » à ne pas laisser passer. Principal acquis, la nomination d’un président permanent de l’Union et d’un haut représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité. Le premier serait le « visage » de l’Europe, un chef capable de faire partager sa vision à des citoyens craintifs et désemparés. Le second allait permettre à l’Union de parler « d’une seule voix » sur la scène internationale.

Depuis samedi, patatras ! Les défenseurs zélés du traité de Lisbonne s’indignent du choix de Van Rompuy et Ashton, deux personnalités « insignifiantes », par les chefs d’État européens. Leur fureur ne les a pas menés au point de remettre en cause leur adhésion à ce traité. C’est dire leur manque absolu de discernement dès qu’il est question d’Europe. Car il leur aurait suffi de regarder les procédures de désignation prévues dans les textes. Le « visage » et la « voix » de l’Union ne sont pas élus par les citoyens. Ils sont désignés par les chefs d’État et de gouvernement à la majorité qualifiée des 27. Il fallait donc être aveuglé pour croire qu’ils choisiraient des personnalités en mesure d’exercer de larges pouvoirs.

Au passage, on admirera la nouvelle architecture censée rendre les institutions européennes plus lisibles pour le citoyen. La nouvelle présidence permanente du Conseil européen s’ajoute à l’actuelle présidence tournante de six mois. La répartition des tâches entre elles n’est pas fixée. Même chose entre le Haut représentant et le président de la Commission, qui conserve ses compétences en matière d’aide au développement et de coopération.

En revanche, il n’est pas juste de dire que Van Rompuy et Ashton sont des personnalités insignifiantes. Catherine Ashton est une blairiste favorable à la guerre en Irak. Elle a été choisie par les six chefs de gouvernement sociaux-démocrates d’Europe. Elle sera la digne successeuse de Solana, qui a occupé une fonction similaire après avoir été secrétaire général de l’OTAN. Quant à Van Rompuy, c’est un dirigeant du principal parti de droite flamand, qui revendique sa foi chrétienne sur la scène publique, l’un des artisans du durcissement ethniciste qui a conduit ce parti à menacer l’unité de la Belgique. N’est-ce pas au contraire très signifiant ?

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