Le réveil des consciences

Avant même d’avoir obtenu le retrait de la loi El Khomri, le mouvement social a d’ores et déjà cristallisé une révolte plus globale. En partant de cette loi toxique pour le quotidien, les sessions de Nuit Debout tenues dans plus de soixante villes mettent ainsi clairement en cause le système qui la rend possible en gouvernant contre le peuple. Ce goût retrouvé de l’action collective et cette mise en mouvement d’une nouvelle génération sera fondatrice quel que soit le sort de la loi. Bien sûr nul ne sait encore jusqu’où ira cette nouvelle vague. Qui aurait cru que les 200 citoyens décidant d’occuper la Puerta del sol dans la nuit du 15 au 16 mai 2011 sèmeraient les graines d’un mouvement des Indignés qui continue d’inspirer et de germer en Europe 5 ans plus tard ?

Bien sûr chacun doit aussi avoir à l’esprit qu’un tel mouvement n’a produit spontanément aucun résultat politique et électoral utile au grand nombre. Contrairement à ce que disent les médias, il n’y a pas eu de traduction mécanique du mouvement des indignés dans Podemos. Pas plus qu’Occupy Wall Street n’explique mécaniquement le vent de révolte populaire qu’incarne Bernie Sanders. Les consciences ont été préparées et éveillées. L’énergie de contestation a été libérée. Mais ces luttes pour la « démocratie réelle » se sont d’abord fracassées sur l’ordre institutionnel établi faute d’avoir d’abord su trouver une traduction civique de masse. Le premier évènement politique qui suivit le mouvement des indignés fut ainsi la victoire écrasante des conservateurs espagnols aux élections locales puis législatives de mai et novembre 2011. En France aussi on se souvient de la triste victoire de la droite aux élections de juin 1968 suivant mai 68.

Ces cuisantes leçons doivent faire réfléchir à temps tous ceux qui pensent qu’il n’y a pas de temps à perdre pour abréger les souffrances du peuple en France. Et qu’il faut donc le faire dès la prochaine échéance civique qui se présente, celle de 2017. Faire

l’impasse sur cette occasion historique au motif qu’elle est une composante de l’ordre oligarchique de la 5eme République serait condamner le pays à une nouvelle cure d’austérité libérale sécuritaire, que celle-ci soit à la sauce Valls/Macron, Sarkozy/Juppé ou Le Pen. Ce n’est qu’armés de bulletins de vote que les citoyens pourront les chasser du pouvoir qu’ils se partagent au service des mêmes intérêts. C’est l’ambition que se fixe le mouvement de la France Insoumise avec Jean-Luc Mélenchon d’ici un an : forcer par une conflictualité positive le débat cadenassé de la présidentielle.

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