« Le projet européen est dans une position intenable »

Économiste et sociologue allemand, Wolfgang Streeck a longtemps dirigé l’Institut Max Planck de Cologne. Il a obtenu une reconnaissance internationale avec la publication de son essai Du Temps acheté. La Crise sans cesse ajournée du capitalisme démocratique (Gallimard, 2014). Il livre dans cet entretien un regard acéré sur l’Union européenne et la domination allemande en Europe.

Dans votre essai Du temps acheté, vous vous opposez à la légende dorée de la construction européenne. Pour vous, le projet européen comportait, dès le début, une dimension a-démocratique, voire anti-démocratique ?

Ce projet a différentes racines. Le « projet européen » – attention, chacun donne à cette formule un sens différent ! – devait institutionnaliser, en Europe, cet Etat capitaliste social-démocrate, régulé par l’Etat, que les Etats-Unis avaient développé dans le cadre du New Deal. Il devait en même temps aider à endiguer le communisme. Vers la fin des années 1950 il est devenu de plus en plus favorable à l’économie de marché ; les ordolibéraux allemands, qui avaient perdu (dans un premier temps) leur combat contre Adenauer et le corporatisme catholique, ont vu la Communauté Economique Européenne comme un levier permettant d’imposer, en Allemagne aussi, un ordre économique libéral. Dans les années 1980, la chose a été tranchée : terminée, la vieille sociale-démocratie ; place à une économie concurrentielle néolibérale et « mondialisée »! Elle devait être immunisée contre les résistances populaires : cela explique les institutions si particulières de l’UE et de l’Union Economique.

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