Le plan grec de Sarkozy

En politique, le calendrier est décisif. Il y a donc une stratégie derrière celui que vient d’indiquer Sarkozy pour sa réforme des retraites. Début avril commenceront les négociations. Juste après les régionales, on s’en serait douté. La suite est moins attendue. Le vote de la loi était annoncé pour juillet. Un classique ! Les mois d’été ne sont pas bons pour les retraites. C’est en juillet 1993 que Balladur allongea la durée de cotisation et fit dégringoler le montant des pensions. C’est en août 2003 que Fillon sévit à son tour. Cette fois-ci ce serait novembre. L’automne est pourtant bien plus propice aux mobilisations sociales. Mais c’est aussi le temps de la discussion budgétaire. Et le moment choisi pour imposer un plan d’austérité plus général ?

Pour comprendre ce qui se prépare, un petit détour par la Grèce s’impose. Dans ce pays, le gouvernement social-démocrate vient de décider le recul de l’âge de la retraite de 63 à 65 ans. A la demande du peuple qui vient de le porter au pouvoir ? Non, puisque M.Papandréou avait promis au contraire « des décisions difficiles, non pas contre les salariés et les retraités, mais contre les grands intérêts ». Ce sont les banques, soutenues par le FMI et l’Union Européenne, qui exigent tribut. Les banques prêtent en effet à la Grèce à 8% les capitaux empruntés à 1% seulement auprès de la Banque centrale européenne. Il serait moins coûteux pour les peuples que les États puissent emprunter directement auprès de la BCE sans être pris à la gorge par les financiers qu’ils viennent de sauver. Mais le traité européen de Lisbonne l’interdit !

C’est justement cette configuration que Sarkozy recherche en France. Tout est fait pour préparer les esprits. Le montant de la dette serait astronomique, les agences de notation fébriles... Il faudrait donc des mesures fortes. Même l’opposition officielle en atteste ! Hollande juge qu’il faudra « cotiser plus longtemps » quand Xavier Bertrand parle de « travailler plus longtemps ». « Oui, il faudra des sacrifices » déclare Marisol Touraine pour le PS. Quant aux Verts, ils prônent la retraite par points chère au MEDEF ! Il faut donc faire deux choses à la fois en mars prochain : battre la droite pour lui casser les jambes et propulser une bonne gauche sur laquelle on puisse s’appuyer dans le combat qui s’annonce.

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