Le 27 mars 1915 : Confinement de Typhoïd Mary

Née en 1884 en Irlande du Nord, Mary Mallon est emmenée le 27 mars 1915 à l'hôpital de North Brother Island, petite ile de New York City, pour la dernière fois. Jamais malade, on estime pourtant qu'elle a contaminé une cinquantaine de personnes, dont 3 sont mortes. Elle pourrait même avoir été la patiente zéro de l'épidémie de fièvre typhoïde qui sévit au début du XXème siècle.

Elle est l'objet d'une découverte déconcertante à laquelle personne n'est préparé : elle est l'un des premiers cas identifiés de porteur sain.

A 15 ans, Mary Gallon émigre aux Etats Unis et travaille à partir de 1900 comme cuisinière chez les familles aisées de la ville. Ses employeurs sont tous satisfaits, tant par ses  talents culinaires que par les soins qu'elle prodigue aux malades. En effet, parmi les huit familles qu'elle croise en 7 ans, toutes déplorent des victimes de la fièvre typhoïde, dont une jeune femme qui en meurt. Cette maladie est particulièrement inhabituelle dans les milieux favorisés, puisque c'est l'insalubrité et les difficultés d'accès à l'eau potable qui permettent sa propagation.

C'est donc avec incrédulité qu'elle s'entend annoncer qu'elle est la cause de ces malades. Elle refuse de se plier au prélèvement de sang, selles et urine, et renvoie brutalement le médecin enquêteur, le poursuivant même jusque dans la rue avec un couperet à viande. Quelques semaines après, il parvient à l'isoler de force une première fois. De nombreuses et régulières analyses sont alors faites, et leur grande majorité est positive.

À l'époque les immigrés irlandais sont légion. Accusés de voler le travail des américains, certains en font aussi les agents du complot papal pour établir sur le pays la domination de la religion catholique.

Préférant y voir une persécution policière, Mary refuse de donner foi au discours médical. Elle est libérée au bout de 3 ans avec la promesse de ne plus faire métier de bouche et sans autres préconisations que de « faire attention à l'hygiène ». Celle qui a fuit la pauvreté de son pays natal change donc de nom et s'adonne à l'activité qui a fait son succès et sa vie, provoquant probablement encore 2 décès et des dizaines de malades.

En 1915 elle est finalement rattrapée et consent à l'isolement. Elle y passera 23 ans. Une attaque la laissera paralysée en 1932, et elle décédera 6 ans plus tard.

Vilipendée en son temps, on considère maintenant "Typhoïd Mary" comme une autre des victimes d'une épidémie que seule une politique de santé publique sérieuse peut endiguer.

 

Sylvère Cala

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