Le 17 avril 1996 : Un massacre fondateur pour les paysans du Brésil

Le 17 avril 1996, plus de mille paysans arrivent à Eldorado dos Carajas.  Cette ville de l'état du Pará au Brésil est située sur l'autoroute entre Maraba et Parauapebas,  trajet qu'emprunte la manifestation pacifique du mouvement des paysans sans terre pour exiger du gouvernement la mise en œuvre d'une réforme agraire.

Le Movimento dos Trabalhadores Rurais Sem Terra (MST) nait en 1985 de la réunion de divers mouvements de résistance aux expropriations opéré durant la dictature. Mais il s'inscrit dans une histoire longue des rapports de domination des grands propriétaires terriens sur les travailleurs.

Au XVIème siècle le Portugal partage les campagnes du pays en capitaineries chacune sous la coupe d'un aristocrate. Celui-ci a toute latitude pour remplir son objectif : produire le plus de richesses pour la métropole. De nombreuses fuites d'esclaves  fonderont les quilombos, communautés paysannes libres.

À partir du milieu du 20e siècle un grand mouvement de ligues paysannes s'installe dans tout le pays. Elles sont des sociétés d'assistance aux paysans pauvres, et leurs occupations de terres connaissent des victoires significatives.

Entre 1964 et 1984, la dictature militaire consolide le système des latifundia. Les paysans sont expropriés, le chômage explose, les favelas se peuplent.

À la fin de la dictature, plusieurs organisations de résistance paysannes se rencontrent et fondent le MST.

Ses principes organisent la solidarité paysanne. Toutes les instances sont élues à parité. Le mouvement est indépendant des pouvoirs institutionnels (État et église). Son combat vise la réappropriation des terres par ceux qui la travaillent mais aussi la mise en œuvre d'une agriculture écologique, sans pesticide, sans intrants chimiques, sans OGM, et contre la déforestation, …

La marche du 17 avril s'achève brutalement. Venues des villes voisines, deux bataillons de la police militaire referment l'embuscade à l'avant et à l'arrière du cortège. De chaque coté des camions se mettent en travers de la route. Les troupes usent alors de grenades lacrymogènes et tirent à balle réelles.

Organisé, prémédité, le massacre des paysans a fait en tout 21 morts, 69 blessés et 15 invalides. L'opinion publique brésilienne prend conscience de ce combat et se rallie à lui. De nombreux comités de soutien sont créés dans l'année du massacre. Depuis, le 17 avril est devenue la journée de luttes paysannes pour beaucoup d'organisations. Aujourd'hui encore 50% des terres sont détenues par 1% de la population.

 

Sylvère Cala

 

Crédit photo : Memória MST Movimento dos Trabalhadores Rurais Sem Terra

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