Le 11 octobre 1972 : Le procès de Bobigny

L'Humanité titre tous ses articles sur le sujet du prénom de l'accusée : toute la presse et l'opinion publique finissent par s'identifier à Marie-Claire Chevalier, icone malgré elle du machisme et de l'injustice de la société au début des années 1970.

La situation est alors tragiquement banale : une jeune fille, 16 ans, avorte suite à un viol. Sa mère, Michèle, l'aide dans sa démarche malgré la législation en vigueur depuis 1920 qui réprime pénalement l'interruption volontaire de grossesse.

Dénoncée par l'auteur même de ce viol, la jeune Marie-Claire est alors inculpée. Elle est envoyée seule devant le tribunal pour enfants de Bobigny. Sa mère et deux de ses collègues sont inculpées de complicité, une quatrième est inculpée pour avoir effectué l'acte illégal.

Michèle Chevalier découvre alors le récit d'une jeune avocate au barreau de Paris, Gisèle Halimi, qui raconte dans son livre Djamila Boupacha l'histoire d'une femme torturée puis violée par des soldats français pendant la guerre d'Algérie. Contactée, Gisèle Halimi lui répond : « Je vous défendrai. Mais ça va être difficile. Il vous faudra du courage et de la détermination... » « J'ai toujours professé que l'avocat politique devait être totalement engagé aux côtés des militants qu'il défend », écrit l'avocate féministe dans son livre fondateur, La Cause des femmes (1973).

« Pourquoi ne pratique-t-on pas l’éducation sexuelle dans les écoles puisqu’on ne veut pas d’avortement ? Parce que nous restons fidèles à un tabou hérité de nos civilisations judéochrétiennes qui s’opposent à la dissociation de l’acte sexuel et de l’acte de procréation. Ils sont pourtant deux choses différentes. Ils peuvent être tous les deux actes d’amour, mais le crime des pouvoirs publics et des adultes est d’empêcher les enfants de savoir qu’ils peuvent être dissociés », plaide Gisèle Halimi, debout, face à des hommes, assis. Elle demande au président du « courage ». Marie-Claire est relaxée, sa mère condamnée à 500 francs d'amende avec sursis. « Ce n'est qu'un début continuons le combat », « L'Angleterre pour les riches, la prison pour les pauvres ! », scandent les manifestantes du MLF. Cette affaire est devenue politique, sociétale, considérable pour la libéralisation de l’avortement et pour toutes les Françaises. 343 d'entre elles signent le célèbre manifeste « Je me suis fait avorter ». Cet acte sera enfin dépénalisé le 17 janvier 1975 grâce à la détermination de la ministre Simone Veil face à une Assemblée Nationale sexiste et odieuse.

Bérénice Hemmer

Partager cet article...
Share on Facebook
Facebook
Tweet about this on Twitter
Twitter
Share on Google+
Google+
Email this to someone
email