Le 10 juin 1793 :  Muséum d’histoire naturelle  

Créé en 1635, le Jardin des Plantes a acquis, sous la direction de Buffon, une grande réputation. Contrairement à d’autres institutions monarchiques, il a non seulement survécu à la Révolution mais il y devient l’un des plus grands établissements scientifiques publics avec la fondation le 10 juin 1793 du Muséum national d’histoire naturelle, aujourd’hui encore en pleine activité.

Jardin d'utopie, centre de collecte de spécimens naturels et de formation des savants, le lieu est un symbole de l'universalisme des Lumières. Les semences circulent par courrier et dans les valises des voyageurs du monde entier. Classer, étiqueter, hiérarchiser toutes les espèces vivantes du globe, c'était la démonstration de la puissance du roi sur les espaces lointains et leurs richesses. Les Jacobins y associEnt le peuple : auparavant réservé à l'élite, le Jardin offre désormais à tous la possibilité de contempler la nature. Parallèllement au Muséum central des arts au Louvre créé peu de temps avant, le Museum d'histoire naturelle répond au projet d'éducation populaire morale et politique... Les Français éclairés par le savoir patriotique seront les citoyens défenseurs de la République.

Il s'agit également de faire de Paris la capitale universelle des savoirs naturalistes. L'histoire naturelle est conçue comme une science utile, permettant l'essor de l'agriculture et donc le développement économique et social du pays. Les révolutionnaires accordent une grande importance à cette discipline qui donne son nom au Museum. L'expression  « histoire naturelle », emploie le terme « histoire » au sens étymologique,  signifiant « enquête » : l'ensemble des jardins botanique, écologique et zoologique, les galeries scientifiques et les serres sont autant de laboratoires voués à la recherche, à la remise en question à chaque nouvelle découverte. Aujourd'hui le terme « naturelle » renvoit à la biodiversité de notre planète. L'homme et la nature, la préservation et la valorisation s'entendent de manière globale et complémentaire. Lorsque les empires coloniaux se délitent, les jardins d'acclimatation d'espèces exotiques supplantent le Museum pour enraciner les nouvelles plantes en métropole. Après avoir rayonné sur toute l'Europe, le Museum d'histoire naturelle perd de sa prestance au profit du Muséum londonien. Il permet toujours aux savants et amoureux de la nature d'observer des millions d'espèces végétales et animales. Aux dirigeants politiques de cultiver cette approche semée durant la première République.

 

Bérénice Hemmer

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