La machine se grippe

L’Espagne votera de nouveau pour des élections législatives en novembre alors que celles d’avril n’ont pas permis de constituer un gouvernement. L’Italie n’a évité un retour aux urnes anticipé suite à la crise politique provoquée cet été par Matéo Salvini que par une alliance imprévue entre démocrates et 5 Etoiles. Le débat sur le Brexit n’en finit pas de paralyser le Royaume-Uni : le parlement s’oppose au projet de sortie sans accord du Premier ministre Johnson … mais refuse aussi de le laisser provoquer des élections anticipées ! En Allemagne, la grande coalition CDU-Sociaux-démocrates enchaine les revers électoraux, fait prospérer l’extrême droite et la successeuse désignée d’Angela Merkel n’est même pas sûre de pouvoir s’installer à la chancellerie avant l’éclatement de la coalition. En France, les institutions de la 5ème République donnent l’illusion d’un pouvoir stable mais les soubresauts n’en sont que plus rudes encore comme en témoigne le mouvement des gilets jaunes ou le dégagisme de la dernière présidentielle. Partout en Europe, et jusque dans les cinq principaux pays, la crise politique couve, se développe et tend même à devenir le régime habituel !

Pendant ce temps, la machine économique se grippe aussi. La récession et la crise financière menancent de nouveau. Au point que la banque centrale américaine a dû injecter en urgence 270 milliards de dollars sur les marchés monétaires en une semaine pour éviter un effondrement. En Europe, le président de la Banque centrale européenne Mario Draghi a annoncé de nouvelles mesures pour soutenir l’activité, incapable de stopper la dépendance des marchés aux mesures mises en place ces dernières années et pourtant peu efficaces. Ce faisant, il a provoqué une crise interne à la BCE puisque les représentants allemands et français ont refusé de le suivre exigeant une nouvelle cure d’austérité généralisée.

La machine climatique se grippe évidemment aussi. Les quatre dernières années sont déjà les plus chaudes jamais enregistrées et 2019 pourrait battre encore le record. Voici que 26 climatologues de renom craignent désormais que le réchauffement climatique n’atteignent +7 °C d’ici 2100 dans un scenario terrifiant jamais imaginé jusque-là.

Terrible moment historique qui voit se combiner un obstacle écologique extraordinaire, un risque financier majeur et des systèmes politiques en panne démocratique. Et encore ne dit-on rien du bruit des bottes qui se fait entendre de nouveau au Moyen-Orient. L’enjeu est de taille, civilisationnel.

L’intelligence pousse au pessimisme face à une telle situation. Mais la volonté de changement permet de conserver une note d’optimisme. Car la machine ne pourra pas continuer comme avant. Quand la machine se grippe, tout devient possible. Le pire parfois. Mais aussi le meilleur lorsque celles et ceux qui le portent savent agir avec discernement et détermination. Telle est la tâche de l’heure.

Matthias Tavel

Partager cet article...
Share on Facebook
Facebook
Tweet about this on Twitter
Twitter
Share on Google+
Google+
Email this to someone
email