La faillite des « démocrates »

En moins d'un mois, trois personnages politiques majeurs ont été éliminés de manière aussi brutale qu'inattendue aux yeux du système médiatique dominant. Encore présentés il y a à peine un an comme les principales figures mondiales du "progressisme", Hillary Clinton, François Hollande et Mateo Renzi sont littéralement sortis de l'histoire politique de leur pays. Tous les trois avaient un point commun idéologique fort : leur ancrage dans la ligne "démocrate" théorisée dans les années 1980 aux États-Unis par les New Democrats de Bill Clinton puis importée en Europe par Blair puis Schröder. François Hollande en a été un des pionniers en France en écrivant en 1983 une tribune dans Le Monde intitulée "Pour être modernes, soyons démocrates". Une filiation idéologique qui a été décryptée par Jean-Luc Mélenchon dès son livre En quête de gauche en 2007. Cette ligne démocrate prétendait dépasser la conflictualité sociale en niant sa centralité dans l'histoire. Elle plaidait aussi, avec des nuances selon les pays, pour le dépassement politique de la Nation et de l'État, par des entités supranationales, ici l'Europe, sa Commission non élue et sa banque centrale indépendante, là l'OTAN et partout des traités de libre échange.

Bien sûr cette ligne "démocrate" n'a pas grand chose de démocratique. C'est d'ailleurs son décrochage avec les conditions d'existence et les aspirations des citoyens qui a entraîné l'échec de ses porte-parole les plus puissants. Leur évacuation successive n'est pas une coïncidence. Elle s'explique par des facteurs communs profonds qui traversent les sociétés de toutes les vieilles démocraties. Nos sociétés ne souffrent pas du manque d'autorité ou d'identité mais du manque d'égalité et de partage.

Cette liquidation concomitante des "démocrates" traduit aussi une forme d'accélération de l'histoire. Ils ont été incapables de redonner un contenu progressiste à l'aspiration profonde des peuples à la souveraineté, c'est à dire la prise matérielle sur l'écriture de l'histoire. Ils ont été encore plus inaptes à réinventer le contenu révolutionnaire et universaliste de la Nation. Malgré cette impasse idéologique, les candidats à la reprise de l'héritage démocrate ne manquent pas en France. Valls et Macron sont ainsi les candidats "naturels" pour continuer cette ligne, et même l'aggraver. C'est une raison de plus pour ne rien à voir à faire avec "la primaire", autre invention "démocrate" contre la démocratie. Ils doivent être combattus directement dans les urnes devant l'ensemble des citoyens. C'est ainsi que l'on pourra faire partie de la solution que cherche le peuple et pas du problème dont il essaie de se débarrasser.

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