Insoumis solidaires

Lundi 15 octobre,15h. Présentation du contre budget de la France insoumise. En introduction, Jean-Luc Mélenchon lance un appel un peu particulier : « J’appelle mes amis les insoumis de la région à se rendre sur place ». Dans la nuit, un déluge s’est abattu sur l’Aude, causant des dégâts considérables, laissant des centaines de personnes dans le dénuement le plus total. Commencent alors pour les insoumis de Castelnaudary deux jours de mise en place de leur action d’assistance. Où aller ? Quoi faire ? Dans un premier temps, ils se portent naturellement vers le secours populaire de l’Aude pour leur apporter leur aide, dans la collecte de biens matériels et de dons financiers.

Le Jeudi, ils se retrouvent à Trèbes pour rejoindre la cohorte de citoyens bénévoles : sans étiquette, ils sont venus de toute la France pour prêter main forte. Encadrés par la municipalité et par la protection civile -merci le service public -, équipés de balais, de raclettes et de pelles, ils déblaient les dégâts causés par la crue. Là, la réalité émeut avec une violence inouïe, les séquelles sont surréalistes : des murs emportés, des salons baignant dans 20 cm d’une eau boueuse à l’odeur fétide. Et le regard des gens, hagard et perdu, la détresse et le désespoir nouent les tripes. Des vies entières balayées en une nuit, une chambre d’enfant, la marque du niveau de l’eau 30 cm au-dessus de lit superposé terrifie ; ce que ces gens ont vécu cette nuit-là, aucune fiction ne peut l’illustrer. Mais la présence de tous ces bénévoles agit comme un baume : non ils ne sont pas seuls.

Le groupe d’action de Castelnaudary a ensuite répondu à un appel relayé par la confédération paysanne, pour une exploitation maraîchère bio à Montolieu, et c’est sous un soleil du Dimanche, qu’une centaine de bénévoles, insoumis ou pas, se répartissent sur le domaine, en atelier semi autonome. Démontage de serre ou nettoyage du limon, bûcheronnage des arbres déracinés. Deux brasiers brûleront toute la journée. La Dure, la bien nommée, avait fait du verger son lit, arrachant les pommiers sur plusieurs rangées. Plus d’un mètre d’eau boueuse avait laissé des arbres rescapés pleins de fruits couverts de boue, de végétaux et d’objets improbables. Grâce à cet élan de solidarité, des semaines de travail vont être réduites à quelques jours. A la ferme, ils mettront des mois si ce n’est des années à se remettre d’un tel cataclysme, mais des arbres ont été replantés, et le site nettoyé.

Après quoi nous avons traversé la rivière. De l’autre côté un apiculteur a vu la miellerie, située au sous-sol, envahie par plusieurs mètres d’eau. Des ruches emportées sur des kilomètres, matériel, pots et production perdus. Des jours de Karcher, et un aperçu du métier d’apiculteur. Là encore il faudra du temps pour revenir à une situation « normale ».

Une chose est sûre : en arrivant, je pensais offrir mon aide ; et finalement j’ai reçu tellement. Ce qui était un geste de solidarité, s’est révélé être l’expérience sur le plan de l’humain et de la connaissance la plus importante de toute ma vie. Et qu’on se le dise : les insoumis sur le terrain ne baisseront ni les yeux ni les bras . On lâche rien !

Walter Mancebon

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