Hollandroïde

Il fut un temps où les conférences de presse présidentielles étaient des événements. Époque révolue ! Les présidents de la Cinquième République produisent désormais des conférences jetables. Après une semaine, la prestation de François Hollande disparaît déjà dans le néant.

L’actuel locataire de l’Élysée n’est pas le seul responsable de cette obsolescence non programmée. Il prend la suite d’une série de présidents qui ont vidé de sens la parole du sommet de l’État. Cela fait deux décennies que nos gouvernants, ministère par ministère, ont la réduction des dépenses publiques pour principale, voire unique orientation. Quel est aujourd’hui le grand projet du ministre de la santé ? De la culture ? De l’enseignement supérieur ? Le même que celui des précédents : dépenser moins. Dans la novlangue des cost-killers technocratiques, « accroître l’efficience du service public ». Traduit dans la réalité humaine, celle des agents et des usagers, c’est une litanie épuisante de mauvaises nouvelles : crédits gelés à peine votés, persécution bureaucratique baptisée évaluation, mise en concurrence de tous contre tous pour tirer les statuts vers le bas… Le low-cost se diffuse partout. Les chaussures des militaires français au Mali se décollent et les masques des infirmières leur donnent des allergies cutanées. A tous les niveaux, l’objectif c’est survivre. Or chaque initiative venue du dessus complique cette tâche.

En écoutant Hollande, on pouvait se dire que Bercy avait enfin un patron : lui. Dans la Cinquième République, le président c’est le chef. Le voilà donc comptable en chef. En fait le « bon élève de l’Europe » récite les mantras de ses maîtres. L’avouer serait achever le peu qui reste du prestige de sa fonction. Il osa donc dire que la Commission européenne ne demandait rien sur les retraites ! En réalité, il a anticipé toutes ses exigences. L’assouplissement des licenciements, commencée avec l’accord Made in MEDEF, l’allongement de la durée de cotisation, car « la démographie le commande » et la libéralisation du rail et de l’électricité, au nom du fait que l’Etat ne peut pas seul porter les investissements d’avenir.

Tous disent le moment politique inédit. Mais leur programme est vieux de vingt ans. La réforme des retraites était l’obsession de la droite de retour en 1993. Hollande puise ses recettes auprès des technocrates insubmersibles de Bercy, des comptables de la Commission, des experts en gestion promus par les think tank patronaux. Ressortent donc les mêmes vieilleries usées jusqu’à la corde. Il n’y a pas que la conférence de presse de Hollande qui est périmée. La politique qu’il endosse est un zombie.

Ou plutôt un androïde. Car un austéritaire achevé n’entend rien à l’humain. Une humanité dotée de droits est une source inépuisable de coûts. Le peuple a quelques pouvoirs en démocratie ? S’en occuper sera la tâche des communicants. Les 400 journalistes rassemblés répercuteront leur travail de pédagogie. Hollande n’a donc rien répondu aux manifestants du 5 mai dernier. Il demande à être jugé aux résultats mais poursuit obstinément une politique qui échoue. Il faut l’entendre dire que la consommation repartirait si les Français avaient confiance en l’avenir. La vie réelle du pays qui misère et galère n’a pas de place dans son discours. Revient donc à chacun de nous de mener la lutte de l’homme face à la machine. Le 1er juin, l’immense succès de la marche du 5 mai pour la 6e République connaîtra ses premières répliques. Faisons de cette conférence macabre une raison de crier, d’aimer, de marcher, bref de vivre.

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