Européennes : « Faisons payer Macron ! »

Manuel Bompard, responsable des campagnes de la France insoumise et co-tête de liste aux européennes dresse les perspectives du mouvement pour les mois qui viennent.

Du 23 au 26 août ont lieu les AmFIs d'été de la France insoumise à Marseille, quel est l'ambition de cet événement cette année ?

Un an après l’élection d’Emmanuel Macron, la France insoumise est identifiée aux yeux du plus grand nombre comme la première force d’opposition. Ces 2èmes amphis d’été vont nous permettre de faire le bilan de l’année qui vient de s’écouler et de nous projeter dans les batailles à venir. Elles seront nombreuses. Mais l’année qui s’ouvre sera aussi une année électorale avec les élections européennes de mai prochain. Il s’agit de préparer aussi cette échéance !

L'été a été marqué par l'affaire Macron-Benalla. Quelles leçons en tirez-vous ?

Cette affaire a mis un terme à l’illusion de la rupture sur laquelle s’est construite une bonne partie du récit macroniste. Sa position s’en retrouve affaiblie. Le roi est nu. Surtout, elle illustre l’impunité qui caractérise le système de la 5ème République. « Qu’ils viennent me chercher » dit Macron. Il ne peut résumer mieux le mal qui hante la monarchie présidentielle. C’est l’irresponsabilité ! Celle du président de la République se déverse en cascade à chaque niveau de pouvoir. Elle expulse le peuple des affaires publiques. Vite une assemblée constituante pour une 6ème République !

La révision constitutionnelle de Macron a dû être repoussée à la rentrée, c'est une victoire ? Quel regard portez-vous sur ce projet ?

Bien sûr. L’incapacité de la majorité à prendre en compte la gravité de la situation a conduit à un gel du travail parlementaire. Paniquée, sans consigne d’un pouvoir aux abois, elle a lâché prise en acceptant une commission parlementaire (qu’elle a ensuite sabotée de manière honteuse) et en rangeant le projet de révision constitutionnelle au placard. C’est une belle victoire car ce projet est néfaste. Il ne s’attaque pas aux maux de la 5ème République, mais vise au contraire à renforcer l’hyper-présidentialisme au détriment du parlement. Au lieu d’introduire des modalités d’intervention du peuple, il bride encore davantage la souveraineté populaire car elle est un problème pour ceux qui veulent que le marché décide de tout.

Les retraites seront le gros chantier social des mois qui viennent puisque E. Macron a annoncé vouloir abandonner le système actuel pour le remplacer par un système par points. Comment jugez-vous ce projet et comment la FI compte-elle intervenir sur ce sujet ?

Ce projet est une arnaque. Sous couvert d’uniformisation, il veut en fait aligner l’ensemble des régimes de retraites par le bas pour faire travailler tout le monde plus longtemps. Il est profondément injuste : en déterminant la valeur des points sur l’espérance de vie, il va favoriser les 5% les plus riches qui vivent en moyenne 13 ans de plus que les 5% des plus pauvres. Comme toujours avec Macron, il masque sa véritable ambition : favoriser les retraites par capitalisation que l’incertitude sur le montant de la retraite (puisque la valeur des points ne serait pas déterminée à priori) va naturellement nourrir. Par conséquent, la France insoumise mettra toute son énergie dans la mobilisation. C’est la mère de toutes les batailles !

La France insoumise a désigné ses premiers candidats pour les élections européennes. Est-elle désormais en ordre de bataille ?

La France insoumise a préparé les élections européennes depuis maintenant plusieurs mois. Elle a constitué avec ses partenaires européens le mouvement « Et maintenant le peuple ! » qui réunit d’ores et déjà des mouvements ou partis issus de 6 pays de l’Union Européenne (Danemark, Espagne, Finlande, France, Portugal, Suède). Elle a désigné ses premier.e.s candidat.e.s par un processus innovant et ambitieux qui s’est conclue par un vote en ligne des insoumis.e.s. Dans les prochaines semaines, nous finaliserons notre programme européen et notre liste en y incluant des personnalités issues du monde associatif ou syndical. Alors nous serons en ordre de marche.

Comment abordez-vous cette élection, avec quelle ambition ?

Cette élection sera le premier test électoral national pour Macron. Son résultat aura donc en premier lieu une signification nationale. Il s’agit de sanctionner Macron et de montrer, dans les urnes, qu’une alternative existe pour faire face aux urgences sociales, écologiques et démocratiques que l’été qui vient de s’écouler a cruellement rappelées.

Comment allez-vous articuler la volonté d'un « référendum anti-Macron » et la stratégie « plan A / plan B » ?

Il y a une cohérence totale entre la volonté de sanctionner durement la politique du gouvernement et celle de rompre avec l’Europe de la caste. Car ce sont les mêmes lubies qui dominent à l’Elysée et qui occupent les esprits des technocrates de Bruxelles.

Macron veut privatiser la SNCF ? C’est l’application des paquets ferroviaires votés par les eurodéputés de la droite comme du Parti Socialiste Européen. Macron veut casser la retraite par répartition ?

C’est le rêve le plus fou de la Commission Européenne comme elle l’a récemment écrit sous la plume de Pierre Moscovici. Macron refuse d’interdire le glyphosate et reporte les objectifs de fin du nucléaire ? Il satisfait les désirs des lobbys qui décident à Bruxelles. Macron lie notre politique extérieure à celle de Trump ? Il applique la feuille de route de la Commission Européenne qui promeut une défense européenne dans le cadre de l’OTAN.

Il ne peut donc y avoir de politique écologique et sociale ambitieuse sans rompre avec les dogmes de la concurrence libre et non faussée. C’est le sens de la stratégie plan A/plan B. Bien sûr, ce n’est pas le parlement européen qui peut en décider. Mais en sanctionnant le gouvernement et l’Europe de la caste, nous pouvons montrer que les peuples européens comptent bien briser le carcan qui empêche toute politique alternative en Europe.

Comment comptez-vous convaincre les français de venir voter, et de voter pour la FI ? A quoi cela peut-il servir d'élire des députés européens insoumis ?

L’enjeu est en effet d’abord de convaincre de l’utilité du vote. Car face à une Europe qui méprise la souveraineté populaire, un réflexe naturel peut conduire à penser qu’il vaut mieux rester à la maison. Ce serait une grave erreur. D’abord parce que la caste et ses soutiens ne manqueront pas de se déplacer pour donner l’apparence d’un soutien populaire à ces politiques injustes et inefficaces. Ensuite, parce que face à l’autoritarisme d’un pouvoir qui brime l’opposition parlementaire et méprise les mobilisations populaires, le bulletin de vote est l’arme de la colère. Faisons-le payer !

Enfin parce que chaque député européen de la France insoumise sera un lanceur d’alerte pour démasquer les lobbys, traquer les fraudeurs fiscaux, dénoncer les politiques de destruction de l’écosystème, combattre la privatisation de nos services publics et porter les colères populaires. Faisons entrer le peuple au parlement européen comme nous l’avons fait entrer à l’Assemblée nationale !

Propos recueillis par Matthias Tavel et Christiane Chombeau

Photo de Sylvie Roquefeuil

Partager cet article...
Share on Facebook
Facebook
Tweet about this on Twitter
Twitter
Share on Google+
Google+
Email this to someone
email