Elections au Mexique : l’alternative populaire aux portes du pouvoir

Les mexicains se rendront aux urnes le 1er juillet pour élire le futur Président et la totalité des parlementaires. Selon les derniers sondages publiés, le candidat de l’alternative populaire Andres Manuel Lopez Obrador (mouvement MORENA) frôlerait les 50 % des suffrages. Les candidats de la droite Ricardo Anaya (PAN) et de Jose Meade (du parti historique PRI) seraient loin derrière. Si ces résultats se confirment le Mexique entrera dans une nouvelle ère politique. Au XXe siècle, le PRI, fondé en 1929 et issu de la révolution de 1910, a monopolisé le pouvoir et s’est transformé au fil des ans dans un parti-système au service de l’oligarchie. Si le PRI a perdu la présidence de la République pour la première fois en 2000, ceci a été au profit du PAN (droite libérale, dirigé à l’époque par le PDG de Coca Cola Mexique), un parti plus présentable pour mettre en place les politiques néo-libérales voulues par l’oligarchie. Lorsque l’alternative populaire pouvait l’emporter, comme en 1988 ou en 2006, des fraudes électorales massives l’ont empêché. En 2006, c’était déjà Andres Manuel Lopez Obrador (dit AMLO) qui représentait l’alternative. Ainsi, l’enjeu n’est pas simplement de constater les résultats du vote mais de rester vigilants aux agissements d’une oligarchie et d’un système politique qui feront tout pour éviter le changement si nécessaire, dans un pays où les institutions démocratiques sont défaillantes.

Un pays gangrené par la pauvreté, les inégalités, la violence et la corruption

Si le Mexique est un pays relativement prospère, son PIB est comparable à celui des pays les plus pauvres de l’UE et il est membre de l’OCDE le club des économies avancées, ces élections auront lieu dans un pays gangrené par la pauvreté et la précarité. Selon les statistiques de la CEPAL, 41 % des mexicains vivent sous le seuil de pauvreté, 5 millions de personnes ne mangent pas à leur faim et 42 % des salariés travaillent dans le secteur informel, les privant des droits sociaux de base. Pour concilier la richesse du pays et la pauvreté de la majorité des mexicains, il faut rappeler que c’est un des pays où les inégalités sont les plus fortes, seuls le Chili, le Brésil et l’Afrique du Sud font pire. Quatre milliardaires détiennent une richesse équivalente à 10 % du PIB mexicain. Carlos Slim, 7e fortune mondiale selon le magazine Forbes, s’est enrichi à base de spéculation immobilière et de copinage pour obtenir les pépites privatisées pendant les décennies néo-libérales (en particulier Telmex l’entreprise de télécommunications). Son empire inclut les fleurons du BTP, de l’énergie, de l’industrie minière, etc.

Les institutions politiques sont là pour garantir la poursuite de ce modèle au profit d’une minorité. La corruption assure le soutien d’une classe politique qui a oublié le sens de l’intérêt général. La moitié des mexicains jugent que « tous ou presque tous » les élus sont corrompus et 4 mexicains sur 10 ont déjà dû payer des pots de vin pour avoir accès aux services publics de base (éducation, santé, pour avoir des papiers d’identité). En revanche, seulement 10 % ont dénoncé les agissements, signe d’une défiance générale avec les autorités compétentes.

Car, il ne faut pas l’oublier, la vie des mexicains est rendue encore plus dure par l’omniprésence de la violence. Que ce soit dans les rues avec la présence des gangs de la drogue (23 homicides pour 100 000 habitants au Mexique alors qu’en France le taux se situe à 0,6) et la violence de la police, à la maison (66 % des mexicaines déclarent avoir subi des actes de violence conjugale) ou lorsqu’ils s’engagent en politique. Alors que le souvenir des 43 étudiants disparus de l’école normale de Ayotzinapa en 2014 suscite encore de l’émotion, la violence politique reste courante. Au cours des derniers 6 mois au moins 78 militants politiques ont été assassinés, sans oublier la chasse aux militants syndicaux et environnementaux.

MORENA : changez les bases politiques, morales et économiques du pays

Dans ce contexte, dégager le système politique en place ouvrirait un nouvel espoir au peuple mexicain. Le nom du mouvement MORENA portant la candidature de AMLO montre bien l’ambition : Mouvement de régénération nationale. L’ambition n’est pas d’être une alternance dans la gestion des affaires mais de recréer la Nation. L’objectif premier du mouvement, selon sa charte de principes, est la réappropriation des institutions par le peuple. Sans la participation populaire, point de changement possible. Le mouvement ne croit pas dans un changement œcuménique consensuel, il revendique la longue histoire de lutte et de résistance du peuple mexicain. Le partage des richesses, la reconstruction des institutions, la protection de l’environnement et des ressources naturelles et surtout construire un monde de paix – fondamental lorsqu’on est voisin des Etats-Unis- sont les principaux objectifs du mouvement.

Si l’ensemble des objectifs programmatiques sont importants, le mouvement juge primordial d’engager la refonte des institutions et la lutte contre la corruption. La souveraineté populaire doit être effective et plus simplement des mots gravés dans la Constitution. Des vastes réformes sont nécessaires pour éviter les conflits d’intérêt, rendre les appels d’offre transparents, lutter contre l’évasion fiscale et les paradis fiscaux, modifier le code pénal pour pouvoir lutter contre la corruption des anciens hiérarques. Par ailleurs, une refonte totale de la police et du système judiciaire sont promises.

La démocratisation des institutions doit aller de pair avec le changement de modèle de développement économique. Un vaste plan d’investissement est prévu pour la reconversion écologiste de l’économie, notamment en ce qui concerne la production d’énergie de sources renouvelables mais aussi les transports collectifs et la disponibilité du droit fondamental à l’eau potable pour tous. Par ailleurs, le Mexique est largement dépendant des exportations pétrolières. AMLO propose d’annuler la politique d’ouverture à l’investissement étranger dans le secteur pétrolier et de revenir au modèle 100 % public pour l’entreprise nationale PEMEX. Pour assurer la transition énergétique, il faut que ce secteur clé soit guidé par l’intérêt général et non les profits des multinationales. Le partage des richesses serait assuré par la forte hausse du salaire minimal (+15 %) et la généralisation des négociations collectives de branche annuelles sous la tutelle de l’Etat. L’universalisation du droit à la santé en serait un autre. Enfin, la lutte contre la spéculation financière passerait par le renforcement de la banque nationale de développement, la régulation financière et la création d’instruments financiers particuliers pour le logement social.

Un espoir qui dépasse les frontières

Ce programme de régénération nationale est porteur d’espoir pour les mexicains. Les marées populaires qui accompagnent AMLO dans ses meetings permettent d’espérer que l’oligarchie ne pourra plus faire le jeu toute seule. Ces espoirs dépassent les frontières. Les médias internationaux ne cessent de répéter que la vague anti néo-libérale des années 2000 (on peut l’appeler progressiste, de gauche, bolivarienne ou de révolution citoyenne) avait achevé son cycle en Amérique Latine avec les victoires de Macri en Argentine, de Piñera au Chili ou les ruptures constitutionnelles au Brésil ou au Paraguay entre autres. Une victoire de AMLO le dimanche 1er juillet et du PT en octobre au Brésil pourrait remettre les forces de progrès aux commandes des deux plus grands pays de l’Amérique Latine, au moment même où l’Argentine sombre dans une nouvelle crise financière. Enfin, au moment où Trump joue l’excès et l’insulte vis-à-vis de ses voisins du sud du Rio Grande, les mexicains semblent répondre par la solidarité et le partage. Une belle leçon d’insoumission.

Luis Alquier

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