École : bas les masques !

Le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer manque à son devoir le plus élémentaire. Il impose le port du masque de façon obligatoire dans les collèges et lycées mais refuse d'en fournir aux élèves concernés. C'est absurde et injuste.

En affirmant que « le masque sera une fourniture comme une autre ; comme on vient avec sa trousse ou ses cahiers », M. Blanquer fait dans la provocation. Par définition, le masque n’est pas une fourniture comme une autre puisque son absence ne se traduira pas par une dégradation des conditions d’études mais par une interdiction d’accès.

Ce qu’assume M. Blanquer, c’est une nouvelle atteinte à la gratuité de l’école publique, déjà mise à mal par les dépenses exigées (transport, cantine, fournitures, voyages et sorties divers) ou rendues incontournables comme le matériel informatique. L’augmentation de 100 euros de l’allocation de rentrée scolaire sera vite absorbée pour les familles concernées, à raison de trois masques par jour.

Au passage, revoilà la petite musique visant à contrôler des dépenses réglées par les familles avec l’allocation de rentrée scolaire. Les mêmes droites conservatrices et libérales qui arrosent les actionnaires et les riches d’argent public sans contreparties ni contrôle prétendent que les classes populaires ne savent gérer avec soin leur budget familial. Quel mépris de classe ! Mais, chiche ! S’ils ont peur que l’argent de l’allocation de rentrée scolaire soit mal dépensée, alors qu’ils rendent les fournitures gratuites et fournies par les établissements. L’école y gagnerait en égalité et les familles en pouvoir d’achat. Et si l’argent manque, le ministre pourrait en prendre dans les milliards versés aux écoles privées.

Les masques obligatoires doivent être fournis gratuitement et en nombre suffisant. Et pas seulement à l’école. Sinon, ils ne seront pas changés aussi souvent qu'il le faut. C’est absurde en terme de santé publique que d’imposer une mesure sans donner les moyens de la mettre en œuvre. Alors que les chiffres de l’épidémie montrent un lien net avec les conditions de vie et de travail des milieux populaires, c’est une double peine : être plus exposé et pouvoir moins se protéger.

Le ministre faisant défaut, les conseils régionaux et départementaux sont interpellés pour fournir les masques gratuitement aux lycéens et collégiens puisqu'ils ont la charge matérielle des établissements. La santé des personnels enseignants et non enseignants en dépend aussi. Certains le font mais pas tous et dans des quantités variables. A l’injustice ministérielle s’ajoute l’inégalité territoriale. Comme un avant-goût du droit à la différenciation d’une collectivité territoriale à l’autre, qui aboutira inévitablement à la différenciation des droits. Là où l’école publique est censée être une facteur unifiant de la République, elle en révèle la dislocation.

 

Matthias Tavel

 

Crédit photo : Image par Alexandra_Koch de Pixabay 

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