Du temps des crises

Si la crise sanitaire que nous venons de connaître a un temps masqué les autres, ces dernières se rappellent à nous. La crise écologique n’a eu qu’un répit dû à la baisse brutale des émissions des gaz à effet de serre par la réduction du trafic routier et aérien. Les températures tropicales ressenties en Sibérie nous le rappellent. La crise sociale s’accentue, avec la hausse du chômage partout dans le monde. À celles-ci s’ajoute la crise démocratique.

Les suites des élections municipales sont désormais connues. La grève civique, c’est-à-dire l’abstention massive lors d’une élection d’habitude mobilisatrice, atteste d’une crise de régime. La perspective de 2022, qui dans le cadre de la Cinquième République gouverne les agendas, prend le pas sur toute autre considération. Les commentateurs, au lieu de s’attacher à une analyse de fond des abstentions, des scores et des programmes, retiennent quelques figures pour alimenter leur Monopoly électoral. Peu importe que le RN ait été largement battu, que là où il nous annonçait une prise de guerre avec un conseiller régional LFI passé à l’ennemi il soit simplement rayé de la carte, les médias prennent la seule ville de Perpignan comme symbole de sa course à la qualification pour 2022. Les victoires des écologistes alliés à des forces progressistes pourraient être saluées comme l’émergence d’une prise de conscience écologique et sociale, mais ne mettent en avant que les égos des un.e.s et des autres pour prendre le leadership d’un gâteau électoral : de Ségolène Royal à Yannick Jadot c’est le même esprit boutiquier qui s’exprime. Ils ne comprennent pas que ces magouilles participent du discrédit politique, prompt à faire émerger des démagogues. Ils ne veulent pas de populisme de gauche mais font le lit de l’extrême droite anti-parlementaire.

Et ce n’est pas un changement de gouvernement qui y changera quoique ce soit : la promesse d’un nouveau monde a vite été oublié, et Emmanuel Macron a annoncé qu’il s’engageait dans une politique plus dure socialement : relance de la casse des retraites, hausse du temps de travail… La nomination de Jean Castex permet que rien ne change : l’ancien secrétaire général adjoint, Emmanuel Macron à l’Élysée de Hollande, convie l’ancien secrétaire général adjoint de Sarkozy. Le choix d’un technocrate acquis aux mantras néo-libéraux depuis des années nous permet d’interpréter le discours du « en même temps » : des promesses de changement pendant le confinement qui se fracassent sur le choix d’un homme politique qui affirme « Politiquement, je suis de droite et je l’assume parfaitement ».

La crise démocratique et sociale est une crise politique. Il ne sert à rien de jouer comme avant. La reconquête de l’électorat des classes populaires reste la clé d’un changement décisif. C’est tout le système institutionnel et médiatique, participant d’une démocratie d’opinion, qui est à revoir.

 

Benoît Schneckenburger

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