Droits des femmes, toujours !

Les murs de nos villes se couvrent d’affiches qui rappellent la réalité des féminicides. Loin d’en rester à une indignation d’autant plus facile qu’elle se contenterait de déplorer des violences privées, elles font entrer dans la sphère publique la question des violences faites aux femmes. Il ne s’agit pas d’une quelconque fatalité à laquelle il ne serait pas possible d’opposer des mesures. La lutte contre la violence n’est jamais une affaire privée, mais elle relève des missions les plus profondes d’Etat. Thomas Hobbes, l’un des philosophes à l’origine de la pensée moderne de la politique y voit le fondement même du pacte social par lequel un peuple se réunit sous un gouvernement. La Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen en fait un principe fondamental, juste après la liberté et l’égalité.
On ne voit pas alors ce qui expliquerait une exception pour les violences faites aux femmes. Dès lors les retards pris par les gouvernements successifs dans la prise en charge des victimes est inexcusable. Ce d’autant que l’on sait ce que les pays qui s’y sont résolument attelés ont obtenues. Ainsi l’Espagne a mis en place en 2004 tout un arsenal juridique contre les violences de genre, passant par une autre approche des victimes. Cette politique a sans doute permis une prise en charge plus efficace, le nombre de victimes ayant fortement baissé de 2004 à 2019. En France nombre d’affaires montrent que le travail de sensibilisation des forces de l’ordre n’a pas été fait. Les associations de défense des victimes dénoncent le manque de formation et d’encadrement, quand il ne s’agit pas de contradictions et des absurdités juridiques. Pour cela il faudrait inverser toutes les approches.
Au-delà de la violence physique et du harcèlement, c’est tout le féminisme qui reste un combat d’actualité. Trop d’inégalités légalement tolérées, depuis les écarts de salaires jusqu’aux retraites. Trop de mépris et d’ignorance quand il s’agit de la cause des femmes. Les injures sexistes restent d’une triste banalité, encore maniées par le député de la LREM Meyer Habib. L’absence de considération des souffrances dues à l’accouchement se rencontre trop souvent parmi le personnel médical. Et la précarité qui s’étend est plus forte pour les femmes, premières touchées par les temps partiels non souhaités. On sait combien il a été difficile de faire baisser le taux de TVA pour les serviettes hygiéniques et les associations rappellent aussi combien elles restent un produit cher pour un grand nombre de femmes. Lorsque le clientélisme communautaire tient lieu de politique, les droits des femmes sont relégués au second plan, au nom de droit à la différence qui bafouent les droits universels. Pour toutes ces raisons, la journée internationale pour les droits des femmes, le 8 mars, doit rester une journée de lutte et de revendication. La cause de l’égalité est encore immense.

 

Benoît Schneckenburger

 

Crédit image : Renversé - Appel à l'affichage contre les féminicides

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