De « moi aussi » à nous tous

« Moi aussi ». Ce petit message s’est répandu comme une trainée de poudre sur les réseaux sociaux. C’est la poudre de la bataille contre le harcèlement, les agressions et violences contre les femmes. Certains interrogent la méthode ? Mais se demandent-ils aussi pourquoi tant de femmes se sont emparées de ce message, et de celui #BalanceTonPorc ? C’est que la honte ou la peur ont cessé de paralyser leur parole pour devenir un cri collectif. Demandons-nous plutôt comment notre société, sa police, sa justice peuvent progresser dans la prévention et la répression de ces actes et dans l’accompagnement des victimes. S’il est absurde de voir en chaque homme un prédateur, il est criminel de minorer l’ampleur des agressions dont sont victimes les femmes et donc le nombre d’agresseurs.
Le décalage de la parole présidentielle dimanche 16 octobre au soir était frappant. M. Macron n’avait rien d’autre à dire que dénoncer le harcèlement dans les quartiers populaires, une nouvelle fois pointés du doigt. Sait-il que la chronique mondaine nous rappelle régulièrement qu’aucune partie de la société n’est épargnée par ces violences pas même le show-business, les institutions financières internationales, le Parlement ou les plateaux de télévision ? Combien de femmes concernées aussi dans les beaux quartiers ? Oui le harcèlement et les violences contre les femmes existent dans les quartiers populaires. Mais tenter de réduire ce problème à ces seuls quartiers est une insulte.
On aurait aussi aimé entendre un journaliste demander à M. Macron comment lutter contre les violences sexistes au travail. Car ce sont d’abord les femmes qui, plus précaires, seront les premières victimes des ordonnances sur le code du travail comme le dit Cécile Gondard-Lalanne, co-déléguée générale de l’Union syndicale Solidaires dans l’entretien qu’elle accorde à notre journal.
La lutte pour l’égalité et le respect, et plus globalement pour l’abolition du patriarcat n’est pas seulement une lutte féministe. C’est une lutte humaniste en cela qu’elle émancipe l’ensemble de l’humanité, femmes et hommes qui s’y engagent. L’éducation des plus jeunes contre les préjugés y joue un rôle décisif pour prévenir et empêcher la perpétuation de la domination et des violences qu’elle engendre. Tout comme la lutte contre les fondements de la domination qu’ils soient idéologiques, économiques, publicitaires, commerciaux, médiatiques, ou dans les intégrismes religieux de toutes sortes.

Matthias Tavel

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