Corruption pétromonarchique

Obama et Hollande ont un point commun méconnu : ce sont les présidents qui ont le plus vendu d'armes aux monarchies du Golfe, et singulièrement à l'Arabie saoudite, de toute l'histoire de leur pays. Obama a fait plus fort que Bush et Hollande que Sarkozy. Un autre point commun de leur présidence est l'emprise considérable prise par l'argent du Golfe dans l'économie mais aussi la vie politique de leur pays.

L'Arabie saoudite et le Qatar réunis se placent par exemple parmi les principaux financeurs de la Fondation Clinton. Et la France, que l'on croyait protégée par les lois sur le financement politique, n'est pas du tout immunisée, y compris jusqu'au sein du gouvernement, comme en attestent les révélations des journalistes Chesnot et Malbrunot. Le plus inquiétant n'est pas que ces monarques essaient de défendre leurs intérêts en usant de la seule puissance dont ils disposent, l'argent. Mais qu'ils aient trouvé des prises aussi fortes dans tous les rouages de l'État et des entreprises. Cette facilité de la corruption organisée par des puissances étrangères est un signe de plus de la faillite démocratique des pays touchés. Et un signe aggravé de l'érosion de leur souveraineté.

Cette emprise crée de multiples problèmes. D'abord une dépendance économique. Dans la plupart des grands groupes et notamment ceux du CAC 40, les fonds souverains du Golfe détiennent désormais des actifs stratégiques. En matière de commandes d'armement, c'est même une hyper dépendance qu'a organisée Hollande en nous coupant des BRICS. S'y ajoute un lourd problème de droit international, lié à l'usage qui est fait de ces armes. L'Arabie saoudite et ses alliés du Golfe étant par exemple accusés de crimes de guerre au Yémen, ceux qui leur ont vendu leurs armes n'en sont-ils pas complices ? La question n'est pas théorique puisque la France est mise en cause en vertu du Traité sur le commerce des armes qu'elle a signé et qui interdit de vendre des armes à des pays qui se rendent coupables de crimes de guerre. Sans même parler de la complicité avec des atteintes régulières aux droits de l'homme dans les monarchies du Golfe. Est-ce ainsi le rôle républicain des CRS que de dispenser des formations à la "gestion démocratique des foules" en Arabie Saoudite ? C'est pourtant ce qu'a autorisé le gouvernement.

S'ajoute un problème plus grand encore, pour la sécurité intérieure d'un pays quand il devient aussi dépendant de ceux qui financent et arment le terrorisme. Le danger est d'autant plus grand que ces pétromonarchies sont fragiles économiquement et politiquement. Ce sont donc de gigantesque viviers de dissémination future d'armes. Ceux qui ont conforté des alliances aussi dangereuses pour le pays et sa population sont indignes de donner des leçons d'antiterrorisme. Et même de rendre hommage aux victimes des attentats.

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