Chronique de François : Stratégie de la saturation

Emmanuel Macron use, au tournant de cette nouvelle année, d’une stratégie que d’autres, Nicolas Sarkozy au premier chef, avaient faite leur : la saturation, en un cours laps de temps, de l’espace médiatique à coups d’annonces sur des sujets aussi divers que variés.

Le 27 décembre, filtraient les premiers éléments sur la réforme de l’assurance-chômage. Parmi eux le compte-rendu mensuel de recherche d’activité que chaque demandeur d’emploi serait tenu de rendre, inversant en cela le principe du droit constitutionnel au travail pour rendre chaque individu comptable de sa propre situation. Le 29 décembre, le président de l’Assemblée aux ordres proposait, à l’occasion du 55ème anniversaire du Traité de l’Elysée, de jeter les bases d’un nouveau traité de coopération franco-allemand qui plaçait la France dans le giron de l’ordo-libéralisme germanique pour soumettre le continent tout en acceptant de nouveaux dessaisissement de souveraineté. Le 3 janvier, c’est la réforme du baccalauréat et sa version modulaire donc éclatée qui était présentée, complément indispensable à la réforme de l’Université pour organiser le tri social. Le même jour, M. Macron faisait part, lors de ses vœux, de sa volonté de s’attaquer aux fake news et pour cela, plutôt que de miser sur l’éducation et l’émancipation du grand nombre, de s’arroger le droit de censure sur les canaux d’information.

Cela fait beaucoup. Cela fait trop. M. Macron n’est pas en capacité d’avancer sur tous les fronts en même temps. Par contre, plus Saturne que Jupiter, il sature volontairement l’espace médiatique d’information pour garder la main sur le calendrier politique. Le voilà donc qui lance des balles qu’il enjoint d’aller chercher. Mais dans le champ de ruines du vieux monde politique encore un tant soit peu détectable, plus rien ne bouge. Pas un membre de la bande à Wauquier, pas un prétendant au trône, il est vrai bien peu enviable, du PS, pas une Le Pen pour aller répondre. Seule la France Insoumise, fidèle à son statut de premier opposant, toujours fait front.

Mais ne nous y trompons pas. L’année 2018 est l’année qui doit aussi voir s’affermir la France Insoumise en tant que premier proposant. Pour cela, l’agitation de M. Macron et la réplique nécessaire qui doit y être apportée ne sauraient la détourner des campagnes structurantes qu’elle s’est assignées pour être utile au quotidien et changer radicalement la vie des gens. C’est donc tout à la fois le sens de la campagne de rentrée au lycée et à l’Université pour que les enfants de ce pays ne se voient pas privés du fait de pouvoir changer leur vie, mais aussi de la votation citoyenne du mois de mars pour la sortie du nucléaire et l’engagement résolu dans les énergies renouvelables. C’est le sens des campagnes, adoptées lors de la Convention, contre la pauvreté et pour lutter contre l’évasion fiscale. C’est le sens enfin de bataille pour la reconquête de la souveraineté populaire à l’heure où l’offensive de M. Macron vise d’un côté à corseter institutionnellement celle-ci et de l’autre à la placer sous l’éteignoir de la souveraineté européenne.

A la stratégie de saturation de M. Macron il convient de répondre par la conviction. Ça tombe bien, c’est justement ce qui fait défaut au président de la République.

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