Chronique de François : Un jour sans fin.

A défaut d’écrire la grande histoire, les bonimenteurs de l’immobilisme répètent sans fin la petite. L’actualité de la semaine en a malheureusement apporté une fois encore une démonstration éclairante.

Voyez les Paradise papers. Que disent ces « révélations » que nous ne sachions déjà ? Des noms, certes. Mais l’effet de système, qui consiste d’un côté dans l’accumulation sans limite de richesses au profit de quelques-uns par soustraction au bien de tous, et de l’autre dans la légalisation de cette accumulation, avait déjà été mis à jour. Les Paradise papers s’inscrivent en effet à la suite des Swissleaks, Luxleaks, Panama papers et combien d’autres encore. A chaque fois, les dirigeants inertes nous font d’abord part de leur indignation hypocrite. Puis ils établissent des listes noires et promettent un échange d’informations accru. Mais une fois la poussière retombée, les listes ont été blanchies et informations enterrées. Bravaches, ils annoncent pourtant la fin de la partie avec leur supposée victoire par KO : c’est Sarkozy déclarant en 2009 que « les paradis fiscaux c’est terminé », c’est Hollande annonçant en 2013 vouloir « éradiquer » les paradis fiscaux « en Europe et dans le monde ». Cette fois nous eûmes donc d’abord droit à une nouvelle formule en cadence comme pour mieux la vider de sa substance par des journalistes comme M. Apathie ou des ministres comme M. Lemaire pour nous dire que les paradis fiscaux étaient « une attaque contre la démocratie ». Alors M. Moscovici, commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, à la fiscalité et à l’union douanière, est une nouvelle fois arrivé, proposant - devinez quoi ? - une « liste noire des paradis fiscaux » ! Cinéma !!!

Voyez pareillement l’annonce ce mardi du report sine die de l’objectif de ramener de 75% à 50% la part du nucléaire dans le mix énergétique d’ici à 2025 comme le prévoyait la loi de 2015 sur la transition énergétique. Il aura ainsi suffi d’un rapport du réseau de transport d’électricité (RTE), gestionnaire du réseau d’électricité et filiale d’EDF, qui, elle, exploite les centrales nucléaires, pour que le gouvernement - et son le ministre de feu la transition écologique en tête - abandonne le projet sur lequel le Président Macron s’était pourtant engagé. Sous le règne de M. Macron, les lobbyistes avancent d’autant plus à découvert que le premier d’entre eux, ex directeur des affaires publiques d’Areva, a désormais élu domicile à Matignon. Et ceux-là ne s’encombrent pas de détails pour masquer grossièrement leurs manœuvres. Nicolas Hulot, perdu dans ce fatras, n’a ainsi rien trouvé de mieux comme échappatoire que d’annoncer… une date pour une prochaine annonce, celle, paraît-il, d’un plan de programmation pluriannuelle. D’ici là le ministre aura fait l’inventaire de son action au sein de ce gouvernement. En attendant, il n’a dans sa musette que l’annonce de la fermeture de la centrale de Fessenheim. Et encore est-ce uniquement « d’ici la fin du quinquennat ». Comme l’avait promis un certain François Hollande en somme (engagement 41 si vous vous souvenez bien de ce sordide décompte des 60 promesses de campagne si peu tenues), qui l’avait lui aussi finalement actée à la fin de son quinquennat. Un air de déjà vu.

Avec ceux-là, la politique devient un jour sans fin. Rien ne peut changer, car ils considèrent que tout est à sa place. Conservateurs impénitents, leur conviction absurde d’avoir trouvé un sens à la vie en se dévouant au service des premiers de cordée les prive de toute possibilité de s’améliorer. Puisse dans ce cas le tocsin populaire remplacer au plus vite l’inutile et vaine sonnerie du réveil.

François Cocq

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