Ça se durcit !

L’été avait été chaud : rapport Delevoye sur les retraites, nominations de Christine Lagarde et Ursula von Der Leyen aux deux postes principaux de l’Union européenne, ratification de l’accord de libre-échange CETA malgré les alertes écologiques. Le pouvoir se sait fragile et minoritaire. Les élections européennes l’ont montré autant que le mouvement des Gilets jaunes. Il a voulu profiter de l’été pour choisir le passage en force. Dans le même temps, tout ce que le pays compte de têtes dures est criminalisé : syndicalistes, décrocheurs de portraits, militants contre la poubelle nucléaire de Bure, parlementaires insoumis etc. Plus que jamais, le régime austéritaire cumule les régressions sociales et démocratiques, l’austérité et l’autoritarisme.

Mais la rentrée rattrape le pouvoir. Le peuple ne se laisse pas faire. La mobilisation exceptionnelle des personnels des urgences s’enracine et grandit encore. La pétition pour un référendum contre la privatisation des aéroports de Paris s’approche sûrement du million de signatures, seuil symbolique puisque la révision constitutionnelle voulue par Macron propose d’en faire à l’avenir le nouveau seuil de convocation d’un référendum à la place des 4,7 millions exigés actuellement.

La grève massive à la RATP le 13 septembre témoigne de la combativité possible contre la réforme des retraites. Sur le sujet, le gouvernement louvoie, repousse le calendrier, espère la division entre syndicats et entre travailleurs. Mais pour l’heure, il n’a renoncé à rien : ni à repousser l’âge de départ à 64 ans, ni à allonger la durée de cotisation, et peut-être même les deux à la fois ! Il joue la montre car il craint l’affrontement et la sanction aux municipales de mars prochain. Les mobilisations syndicales des 21 et 24 septembre sont donc des rendez-vous à ne pas rater et il est indispensable que les agendas convergent à l’avenir pour gagner la bataille qui s’annonce.

Cela se durcit aussi sur le front écologique. Les arrêtés municipaux de protection contre les pesticides pris par plusieurs maires mettent le gouvernement devant la vacuité de ses actes. Combien de candidats macronistes aux municipales oseront proposer des distances de seulement 5 à 10 mètres entre les parcelles traitées et les habitations ? Combien se désolidariseront du pouvoir ? Le gouvernement n’est pas le seul à agir de la sorte : combien de maires LR ou PS refusent de s’engager sur ce combat pourtant d’intérêt général ?

Le vieux monde se raidit, se sclérose, ne parvient pas à inventer le monde d’après. C’est toute la société qui se crispe du fait des injustices, des inégalités, d’un pouvoir recroquevillé sur lui-même. Dans ce contexte, c’est une ligne de crête qu’il faut emprunter : résister de toutes nos forces et proposer un horizon fédérant largement. Ce n’est pas seulement une exigence électorale ou militante. C’est l’intérêt général du pays qui est en cause.

Matthias TAVEL

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